mardi 24 mai 2016

Coiffes féminines au XIIe siècle : les formes.

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Je vous propose un petit tour d'horizon sur les coiffes au XIIe siècle. Dans ce premier article, nous allons étudier les représentation de coiffes pour en dégager les formes générales ainsi que les fréquences de représentation.

La coiffure ainsi que la coiffe font partie intégrante d'un costume aussi bien masculin que féminin. En effet, la mode ainsi que les usages sociaux concernent aussi bien la manière de coiffer ses cheveux que les accessoires que l'on peut y ajouter. La coiffe peut être une protection, une contrainte sociale et/ou religieuse, un accessoire de mode.

J'ai étudié un corpus de 2500 représentations (enluminures, statuaires, émaux) pour relever les différents type de coiffes sur les personnages féminins.

J'ai commencé par réaliser une typologie simple pour les différentes coiffes observées. Je n'ai pas essayé de différentier à tous prix les modèles de coiffe sur le moindre petit détail mais plutôt de créer de grandes familles dans le but de proposer des tutoriels sur la manière de les réaliser.

Le corpus peut sembler grand mais sur ces 2500 enluminures, toutes ne représentent pas de personnages féminin. Si l'on enlève les personnages trop particuliers pour être pris en compte, le chiffre baisse encore. Voici un petit résumé de la méthode employée :

  • Je n'ai utilisé que des sources françaises ou anglaises (pas de sources espagnoles, ni italienne, ni allemande, ni orientale).
  • J'ai exclu les représentations de la Vierge ainsi que de toutes les saintes.
  • J'ai également exclu les personnages fabuleux (sirènes) et les allégories (Église, luxure ...).
  • Sont également exclues les personnages entièrement ou en partie déshabillés.

On le voit, ceci limite déjà beaucoup le nombre de représentations rentrant dans le champ de l'étude.

Un autre biais est apparu pendant mes recherches : lorsque l'on utilise un manuscrit complet représentant de nombreuses scènes, les coiffes sont non seulement similaires mais on peut, sur des enluminure différentes observer le même personnage (Les exemples les plus frappants sont les comédies de Terence, dans le manuscrit de l'Abbaye Saint Albans en Angleterre et celui de Tours : BM Tours ms0924). Cela va créer une augmentation du nombre d’occurrence d'une même coiffe sans que se soit nécessairement représentatif. J'ai donc fait le choix, pour tenter de limiter ce biais, de ne compter qu'une seule fois chaque personnage dans le même manuscrit et de limiter le comptage dans une foule à une occurrence par coiffe. En effet, de la même manière, dans les représentations de foule, les coiffes sont souvent strictement identiques et peuvent parfaitement relever plus de la simplification de la représentation que de la réalité.

Voici les grandes familles de coiffes relevées ainsi que leur fréquence de représentation dans le corpus étudié sur l'ensemble du XIIe siècle :

  • guimpe ovale : 24.5%
  • voile/guimpe rectangulaire : 20.5%
  • tête nue : 17%
  • grand voile drapé : 15.5%
  • voile et couronne : 5.5%
  • écharpe/étole : 4.5%
  • guimpe nouée : 3%
  • couronne sans voile : 2%
  • autre : 7.5%

La catégorie autre correspond aux représentations où la tête est couverte mais où le détail ne permet pas de déterminer avec certitude le type de coiffe. Je les ai comptabilisées dans le but de comparer la proportion entre les représentations de tête non couverte et de tête couverte.

J'ai finalement regroupé toutes les coiffes à base de voile rectangulaire. Il semble, en effet, que le même voile puisse s'utiliser différemment selon les circonstances. C'est une hypothèse que j'avais déjà évoquée dans mon article sur le costume d'une artisan brodeuse.

J'ai volontairement écarté par la suite le cas des coiffes avec couronnes qui me semblaient relever de cas trop particuliers.

J'ai également coupé le siècle en deux. Nous verrons que l'on peut noter des évolutions. Je n'ai pas réduit la fourchette temporelle davantage pour des raison de facilité. Libre à chacun de faire une étude plus poussée sur la période précise qui l'intéresse. Comme toujours, le meilleurs moyen d'arriver à un résultat cohérent en reconstitution est de réaliser ses propres recherches, mon but étant de proposer un rapide aperçu des sources avant de vous proposer des tutoriels.

Intéressons-nous de plus près aux coiffes. Voici quelques exemple de représentations de ces types de coiffes :

Le grand voile drapé

Le grand voile drapé semble relever autant du manteau que de la coiffe. Très long, au minimum aux fesses, la plupart du temps jusqu'aux genoux, il semble être de forme ronde ou ovale. Il est représenté coloré.

  • 6.75% des représentations dans la première moitié du XIIe siècle
  • 22.75% des représentations dans la seconde moitié du XIIe siècle
  • 15.5% sur l'ensemble du siècle.

Vendome-ms0061-256.jpg Petrus Lombardus : Sententiae ; Couple ; Vendôme - BM - ms. 0061 - f. 256 ; 1160.

Moulins-ms0001-288v-04.jpg Bible de Souvigny ; Guérison de Tobit ; Moulins, Bibl. mun., ms. 0001, f. 288v ; fin XIIe.

Guimpe ovale

Il s'agit d'une coiffe qui entoure le visage, couvre la gorge et ne présente pas d'angle sur la ligne d'épaule ni de pan libre.

  • 27% des représentations dans la première moitié du XIIe siècle
  • 22.75% des représentations dans la seconde moitié du XIIe siècle
  • 24,5% sur l'ensemble du siècle.

Paris-BNF-Latin15675-004.jpg Moralia in Job ; BNF, Lat. 15675 ; 1175.

Troyes-ms0028-108v-01.jpg Bible ; Initiale historiée, Noémi filant ; Troyes - BM - ms. 0028 - fol.108 ; vers 1155-1165.

Voiles rectangulaires

Guimpe drapée

Un voile porté en guimpe drapée où l'on peut distinguer les angles du voile et où un pan a pu rester libre.

  • 33.75% des représentations dans la première moitié du XIIe siècle
  • 9% des représentations dans la seconde moitié du XIIe siècle
  • 20.5% sur l'ensemble du siècle.

Tours-ms0924-f16v.jpg Terence, Comédies ;Gnathon, amenant une esclave ; Tours - BM - ms. 0924 - fol.16 ; vers 1100.

Dijon-ms0014-158-01.jpg Bible de saint Etienne Harding ; Festin d'Holopherne ; Dijon - BM - ms. 0014 - fol.158 ; vers 1109-1111.

La guimpe nouée

La guimpe nouée est un long voile rectangulaire qui fait plusieurs fois le tour de la tête et passe sous le menton. Elle est fixée par un nœud sur le côté.

  • 3% des représentations dans la première moitié du XIIe siècle
  • 3.5% des représentations dans la seconde moitié du XIIe siècle
  • 3% sur l'ensemble du siècle.

Sa fréquence augmente à la fin du siècle.

Le_retour_du_Croise_8866.jpg Le Retour du Croisé ; 3e quart du XIIe siècle © Musée Lorrain, Nancy.

man-01.jpg Bible de Manerius ; Osée et Gomer ; Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 0009, f. 125v, 1185.

La guimpe portée en étole

Long voile rectangulaire, comme la guimpe nouée, il est porté en étole qui fait le tour de la tête et dont les pans semblent se croiser devant la gorge.

  • 6.75% des représentations dans la première moitié du XIIe siècle
  • 2% des représentations dans la seconde moitié du XIIe siècle
  • 4.5% sur l'ensemble du siècle.

Paris-BNF-Latin16743-036.jpg Bible ; BNF, MS Lat. 16743 ; fol.36 ; seconde moitié du XIIe siècle.

Paris-BNF-Latin16745-178v.jpg Bible ; Judith et Holopherne ; BNF, MS Lat. 16745 ; fol.178 ; seconde moitié du XIIe siècle.

Conclusions et perspectives de reconstitution

Cet article n'est qu'un bref aperçu sur le sujet des coiffes au XIIe siècle, mais il permet d'appréhender l'étendue du travail à réaliser pour mieux cerner la question.

En effet, définir des formes générales est une première étape. Les statistiques que j'ai réalisées rapidement pourraient être affinées. Le statut social des personnages portant chaque coiffe doit également être approfondit ainsi que le contexte. Les textes, même s'ils ne nous permettent pas toujours de relier les descriptions aux représentations, sont une aide utile pour comprendre la manière de porter ces coiffes ainsi que leur usage social.

Enfin, même si j'ai tenté de regrouper les coiffes par forme, dans certains cas, il est difficile de déterminer précisément à quel groupe appartient une représentation. De fait, certains de mes choix sont arbitraires et certaines coiffes pourraient être rattachées à d'autres groupe.

J'ai déjà traité de la guimpe nouée dans deux articles (l'un sur les sources et l'autre sur la manière de la mettre) en tentant d'approfondir de la manière décrite plus haut, de nouveaux articles viendront compléter cette série, le premier à venir étant sur la guimpe ovale qui est la coiffe la plus souvent rencontrée dans cette étude.

samedi 2 avril 2016

Broderie d'une pièce d'estomac 1880

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Pour leur spectacle Les théosophes colporteurs (Le C.R.O.U.T.O.N) j'ai réalisé pour Eutrapelia une seconde pièce d'estomac brodée pour le costume féminin 1880.

Voici le costume que j'avais réalisé pour ce spectacle : SIB_8533-1C-ret.jpg (D.R. Eutrapelia Spectacles Historiques)

Vous pouvez aller voir le teaser de leur spectacle sur youtube

Je vous propose de vous montrer les étapes de création de la broderie. De la naissance du projet à sa réalisation.

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jeudi 3 mars 2016

Un costume de bourgeois 1630 - 1640

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Ce costume est une proposition de reconstitution de l'habit bourgeois à la fin du règne de Louis XIII. Le costume dans son ensemble est le fruit d'un croisement entre une série de gravures (les gravures d'Abraham Bosse[1] qui a réalisé une série sur la mode) et de vêtements d'époque (pour le relevé des patrons et les techniques de construction).

La tenue est composée d'une chemise en toile de lin blanc, un pourpoint et des haut-de-chausses en drap de laine gris, un manteau en serge de laine noire, des bas en maille de soie, un collet, des manchettes et des canons en toile de lin blanc, des bottes et un chapeau.

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Le costume est peu (voire pas) décoré. En effet, la fin du règne de Louis XIII est marquée par un certain nombre d'édits visant à limiter les excès de la mode. Ainsi, broderies, passementeries et dentelles furent interdits à plusieurs reprises. Il est vraisemblable, étant donné que ces ordonnances étaient répétées régulièrement (1620, 1629, 1633) qu'elles n'étaient guère respectées. Certaines gravures nous montrent ainsi des courtisans arborant des dentelles et des passementeries dans ces mêmes périodes. L'ordonnance du 18 novembre 1633, qui défendait aux sujets de porter sur leur chemise, colets, manchettes, coiffe et sur autre linge aucune découpure et broderie de fil d'or et d'argent, passements, dentelles, points coupés, manufacturés, tant de dedans que dehors le royaume nous a inspiré dans l'élaboration de ce costume.

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lundi 4 janvier 2016

De la suspension des chausses masculines (XIIe-XVIIe)

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(...) lors commencza le monde de attacher les chausses au pourpoint. Et non le pourpoint aux chausses, car c’est chose contre nature (...).

Gargantua ; François Rabelais ; 1535.

Les chausses sont le vêtement qui couvre les jambes. D'abord séparées, en suivant l'évolution de la mode, elles seront de plus en plus hautes et couvrantes et elles finiront par être jointes et couvrir l'entre-jambe pour se transformer finalement en culotte au XVIIe siècle. Elles tiennent par suspension en les attachant grâce à des aiguillettes à un autre vêtement.

Je vous propose une petite rétrospective sur l'évolution des systèmes de suspension.

Dans le but de simplifier cet article, je ne vais m'attarder que sur la description des différents systèmes d'attaches des chausses. Il faut garder en mémoire que toute la population n'a pas abandonné d'un coup un système au profit d'un autre. Lorsque l'on parle de l'adoption du doublet au XIVe siècle et de l'impact qu'il aura sur la fixation des chausses, sa diffusion dans l'ensemble de la société prendra près d'un siècle ... plusieurs modes peuvent cohabiter sur une même période il en va de même pour la suspension des chausses.

Ainsi, je n'ai pas tenté de réaliser une chronologie précise de l'apparition ni de l'abandon de chaque système mais de les décrire pour donner les clés d'interprétation, de sorte que, devant une représentation, vous soyez capable de déterminer facilement par quel(s) moyen(s) les chausses peuvent être tenues.

Enfin, bien que la manière d'attacher les chausses ne puisse pas être considérée indépendamment de leur forme, nous n'allons pas approfondir l'évolution de celle-ci.

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samedi 12 décembre 2015

Boutons brodés sur âme en bois

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Pour le costume de bourgeois 1630, j'ai réalisé une grande série de boutons brodés qui ornent le pourpoint.

Il existe de nombreux type de boutons ''textile'' pour cette période. De la simple boule de tissu aux boutons richement brodés d'or, le bouton va faire partie des éléments qui caractérisent socialement un vêtement.

buttons-v-a.jpg Sur ce détail d'un doublet 1630, on voit sur les boutons abîmés que les boutons sont en bois rebrodés. Le motif de ces boutons, en chevrons, est cependant plus complexe que celui que je présente ici.
Doublet et chausses, 1625-1630, Victoria and Albert Museum.

Les boutons que j'ai réalisé pour ce costume sont simple d'un point de vue décoratif mais également d'un point de vue technique. Voyons les explications pas à pas ...

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samedi 24 octobre 2015

Nouer une tresse

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En attendant de nouveaux tutoriel de coiffes (XIIe siècle à venir) voici une petite astuce qui peut servir pour la suite.

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mardi 18 août 2015

Pâtés aux herbes fraîches

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Petit billet hors challenges du HFF (Je vais peut être songer à revoir le nom de la catégorie) pour montrer la fabrications de petits pâtés aux herbes sur un camp médiéval. Cette recette a été réalisée avec nos amis de la Jesus running team (à savoir Amandine et Romain) lors du rassemblement l’Épée et le bourdon 2015. Le jour où nous avions décidé de les cuisiner était un jour fort pluvieux, les conditions étaient quelque peu difficiles ...

L'idée de départ était de réaliser des petits pâtés en croûte avec des produits simples et de saison.

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lundi 27 avril 2015

Nouer sa guimpe.

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10.JPG Après un petit tour d'horizon des sources, voici une routine simple pour mettre la guimpe nouée en place.

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mercredi 15 avril 2015

Une coiffe XIIe et XIIIe : la guimpe nouée.

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La guimpe (ginple, gimple) nouée (ou touaille -toelle-) est une coiffe drapée et entortillée plusieurs fois autour de la tête qui passe sous le menton. Elle est réalisée dans une grande bande de tissu fin. Elle était utilisée par les paysannes et les servantes pour les travaux physiques mais également pour les voyages. On l'observe sur les sources du troisième quart du XIIe siècle au premier quart XIVe.

Si la guimpe désigne, au cours de la période médiévale y compris au XIIIe siècle différents types de coiffes, nous allons nous intéresser à un seul type d'entre elles : la guimpe liée ou nouée.

Cette coiffe est représentée sur des personnages de la fin du XIIe siècle (bible de Manerius) à la mi-XIIIe (vitraux de la cathédrale de Chartres et bible de Maciejowski).

Dans cette première partie, j'évoquerai la coiffe dans les sources, dans une seconde partie, je présenterai ma routine simple qui permet de draper cette coiffe facilement même sans miroir.

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mardi 17 mars 2015

Un costume de bourgeoise vers 1490

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Le costume présenté est celui d'une bourgeoise allemande à la fin du XVe siècle d'après un tableau et une gravure d'Albrecht Dürer. Cependant, ce type de vêtement est couramment représenté dans les tableaux et enluminures germanique de la fin du XVe siècle et du début du XVIe siècle.

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