Pour en finir avec le syndrome de Pénélope

Réception des broderies médiévales au moyen-âge et aujourd'hui

Cet article m'a été inspiré par quelqu'un qui, à propos de la broderie de Bayeux, a fait la remarque suivante : « (…) elle a été brodée par une personne qui n’a guère vu le champ de bataille... ».

Il est vrai que la légende veut qu'elle ait été brodée par la reine Mathilde et ses dames de compagnie. Les historiens sont aujourd'hui d'accord sur le fait que cette idée relève du mythe. La tapisserie a probablement été brodée dans un monastère mais on n'en sait pas plus sur sa provenance. Cependant, l'étude de la manière de travailler des brodeuses et des brodeurs au moyen-âge peut probablement nous éclairer sur la réception que l'on peut avoir de l’œuvre.

Mais il y a un un autre point qui devrait nous amener à nous interroger sur la fiabilité des représentations qu'on retrouve sur cette broderie : son commanditaire, Odon, évêque de Bayeux et demi-frère de Guillaume le Conquérant. En mettant en lumière ce fait, on change totalement la réception que l'on peut avoir de l’œuvre et s'interroger sur son caractère politique.

Si la question de l'origine de la tapisserie de Bayeux n'est pas le sujet de cet article, elle est révélatrice d'un problème récurrent dans la perception de ces œuvres. Car l'attribution systématique de broderies à des femmes de la noblesse qui broderaient en attendant que leur mari dirigent les affaires est fortement réductrice [1]. Et elle peut nous empêcher de comprendre comment travaillaient et s'organisaient les différents artisans au moyen-âge et nous faire passer à côté des questions sur la portée de ces œuvres que se soit au moyen-âge ou de nos jours.

Bien sûr, dès le moyen-âge, la broderie, comme d'autres travaux textiles faisaient partie de l'éducation des jeunes filles. La broderie domestique est décrite dans les romans par exemple[2]

Mais c'est un art majeur[3] et pas uniquement un passe-temps de femmes désœuvrées. On brode à la maison, certes, mais également dans les monastères [4] et dans des ateliers professionnels en ville. Mais ceci ne répond pas à la question de savoir si les brodeuses et les brodeurs « avaient déjà vu un champ de bataille » sous entendu si les représentations sont réalistes.

Mais une fois évacués les clichés surannés et sexistes, on peut poser des questions qui vont nous permettre d'éclairer le sujet. Et pour ça, il faut s'intéresser à la manière dont travaillaient ces artistes. Peu importe s'ils avaient ou non déjà vu un champ de bataille, la question est la même pour tout témoignage de l'époque.

  • D'où viennent les images des broderies médiévales ?
  • Comment et par qui étaient dessinés les motifs ?
  • Pour qui et dans quel but ces œuvres étaient-elles réalisées ?

Ces questions nous permettront de comprendre que la broderie est un art qui, au même titre que les autres, témoigne de son époque mais dont l'exactitude des représentations est à juger, comme toutes sources, à l'aune de son contexte. Ce contexte, nous le verrons, a moins à voir avec le sexe des artistes qu'au discours porté par ces œuvres.

Les images des broderies médiévales

Sans surprise, les images des broderies médiévales sont semblables à celles des autres arts graphiques de la même période. Quelle que soit la période à laquelle on s'intéresse, le dessin de la broderie va trouver son écho dans la peinture de la même époque et en particulier dans les enluminures.

Orfrois de chasuble, France seconde moitié du XIIIe siècle, Musée de Cluny et Blanche de Castile ; Bible moralisée, Paris 1230 ; Pierpont Morgan Library ; MS M.240 (fol. 8).

Les différents arts sont connectés, les thèmes, les styles graphiques se retrouvent de l'un à l'autre, et ceci alors que la présence des femmes dans les ateliers de broderie professionnels et même à la tête de ceux-ci aux XIIIe et au XIVe siècle n'est plus à prouver.[5]

Les peintres

Je ne vais pas m'étendre sur le travail des peintres et enlumineurs au moyen-âge. On pense assez facilement aux copistes des monastères travaillant sur des manuscrits anciens. Mais le savoir des peintres est diffusé de différentes manières, par des manuels[6], par le voyage de peintres réputés d'une région à l'autre, diffusant ainsi leur style et également grâce à l'utilisation de modèles à copier appelés exemplum.

Les réserves sur le réalismes d'enluminures réalisées par des moines, qui seraient donc hors du temps, sont fréquentes. Mais beaucoup de détails d'enluminures nous montrent des scènes empreintes de la réalité matérielle de leur temps [7]. La question du réalisme est peut être tout simplement hors sujet, non par méconnaissance du vaste monde de la part des auteurs mais parce que ce n'était pas leur propos.

Qu'ils soient au monastère ou laïcs, les peintres et enlumineurs ne travaillent donc pas dans l'isolement de leur atelier. Ils copient, ont des modèles, échangent. Bien entendu, les œuvres ne sont pas pour autant des témoignages parfaitement fidèles de la réalité matérielle, comme tout témoignage en somme.

Les liens avec les brodeurs

Cennino Cennini, dans son ouvrage, consacre un chapitre à la manière de travailler pour les brodeurs[8] et décrit une méthode pour dessiner directement sur le tissu à broder[9]. Dans ce cas, on le voit, le lien entre le peintre et le brodeur doit être très étroit, les ateliers proches. Mais on connaît d'autres traces de relations entre ces 2 métiers.

Orfrois, collaboration entre Pierre Billant et Bartélémy d'eyck, Musée de Cluny, juil. 2020

Dans son article pour le catalogue de l'exposition L'art en broderie au Moyen-âge, Philippe Lorentz[10] relève de nombreux liens personnels qui ont pu exister entre brodeurs et peintres, travaillant dans un même atelier ou pour un même commanditaire. Par exemple, Pierre du Billant et Barthélémy d'Eyck, respectivement brodeur en titre et peintre de René d'Anjou, le premier étant le beau-père du second.

L'article relève également, dans d'autres cas, que lors de commandes, la transmission du dessin en taille réelle à l'atelier de brodeurs se faisait de manière contractuelle avec signature d'un notaire. Même sans collaboration directe entre les 2 métiers, les dessins utilisés pour la broderie sont réalisés par des spécialistes.

Nous allons voir à présent comment ces dessins sont reportés sur le tissu pour la broderie.

Les techniques employées

Cennino Cennini, on vient de le voir, conseille au peintre de de dessiner directement le motif sur le tissu déjà tendu. Mais il existe d'autres techniques illustrées sur cette gravure de 1532[11]

L'une d'entre elle qui perdure encore de nos jour est l'utilisation d'un poncif[12] : à partir de modèles tracés et troué sur parchemin (ou papier), on on transfère le motif sur le tissu en frottant avec de la craie réduite en poudre puis on repasse au pinceau ou à la plume. A partir d'un nombre réduit de modèles de silhouettes, on pouvait créer différents personnages en changeant des détails dans les accessoires ou les attributs par exemple.

La copie par transparence est également possible que se soit à la lumière de la bougie ou au travers d'une fenêtre.

Albrecht Dürer, modèle de broderie, gravure sur bois, MET. Tout comme pour le livre, les techniques ont évolué à la fin du moyen-âge avec le développement de la gravure et de l'imprimerie, en témoignent ces modèles à broder dessinés par Albrect Dürer vers 1520, 1530.

On le voit, les dessins utilisés par les brodeurs ne sortent pas de nulle part. Loin du délire de l'artiste, ils sont le reflet de ce que l'on pouvait représenter à l'époque quel que soit le medium s'appuyant ainsi sur le savoir-faire et le travail des peintres. Les motifs sont même reproduits avec des techniques si éprouvée qu'elles sont encore utilisées aujourd'hui.

Commanditaires et usages des broderies

Dans mon article sur les usages des broderies dans l'habillement, j'ai effleuré la question. Il est difficile de remettre les broderies dans leur contexte sans prendre en compte qui consomme ces broderies.

Dans la sphère profane, la broderie est utilisée d'abord par des princes puis petit à petit par des dignitaires laïcs ou des bourgeois [13]. Mais tous ces usages ont un point commun : afficher prestige et richesses. C'est une marque de distinction. En ça, une broderie réalisée par une femme dans un contexte domestique qui serait en dehors du style ou des modes de son temps exposerait son possesseur à la risée de ses pairs.[14]. L'usage et la consommation de broderies profane répond à ces usages sociaux et influe sur leur création.

Devant d'autel de l'abbaye d'Altenberg, juil. 2020
Sainte patronne de l'abbaye.

Une grande partie des broderies qui sont parvenues jusqu'à nous sont religieuses. Certaines ont été réalisées dans des ateliers citadins mais d'autres dans des monastères. On peut se demander si ces broderies ne sont pas, de par leur création et leur destination, à l’abri de ces codes.

Stefanie Seeberg [15] dans son étude sur les broderies monastique germaniques des XIIIe et XIVe siècle, montre que non seulement les broderies sont conçues et réalisées par les moniales mais surtout qu'elles répondent à un véritable programme narratif pensé par ces femmes. En effet, ces broderies servent à la fois à montrer au monde extérieur, lors des cérémonies, la place des religieuses dans le monde mais également à créer des liens communautaires autour du monastère en renforçant le culte de ses saints patrons et aussi en incluant les donateurs et collaborateurs extérieurs.

On le voit, quelle que soit l'origine, profane ou religieuse, de ces œuvres de broderies, leur conception, leur réalisation et leur réception est porteuse d'un discours.

Conclusion et perspectives

On ne le rappellera visiblement jamais suffisamment : il faut cesser de considérer les ouvrages textiles comme des passe-temps pour femmes désœuvrées. La broderie ne fait pas exception dans ce domaine. Au moyen-âge, c'est un art majeur pratiqué par des hommes et des femmes, que se soit dans un contexte domestique, dans des monastères ou dans des ateliers professionnels.

Ces brodeuses et ces brodeurs sont ancrés dans leur temps et en contact permanent avec d'autres artistes et artisans, les peintres au premier chef ainsi que des commanditaires.

La broderie, comme d'autres arts, reflète les codes de son époque, ni plus ni moins que l'enluminure les représentations ne sont à prendre au pied de la lettre. Les artisans travaillent répondent à une attente spécifique et les broderies sont le support d'un discours qu'il soit social, politique, religieux ou communautaire.

Formuler l'hypothèse qu'une broderie serait peu réaliste ou représenterait mal la culture matérielle de son temps parce qu'elle aurait été brodée par des femmes nous prive de la compréhension de ces œuvres, de leur création à leur réception.

Bien entendu, les contraintes liées à la technique n'en font pas des sources de premier choix, simplifications, adaptations au medium sont le lot de toute représentation. La broderie, a ses propres contraintes et styles et a donc des adaptations spécifiques. Je ne vous dirai donc pas à l'issue de cet article si la représentation de carquois dans le dos dans la tapisserie de Bayeux reflète une réalité matérielle du XIe siècle mais de grâce cessez de nous chanter toujours la même antienne sexiste !

Notes

[1] Pour rappel, j'avais déjà écrit sur ce que l'on pourrait appeler « syndrome de Pénélope » à propos du cliché sur les femmes filant la laine.

[2] Dans le roman de la rose ou de Guillaume de Dole de Jean Renart, Liénor et sa mère brodent ensemble.

[3] Cette mise en avant de la qualité artistique et de son importance au moyen-âge était le centre de l'exposition du musée de Cluny en 2019 : L'art en broderie au moyen-âge.

[4] J'ai légèrement évoqué le sujet dans mon article sur l'opus teutonicum.

[5] Le sujet est traité en détail dans le catalogue de l'exposition english medieval embroidery : les comptes royaux d'Angleterre du XIIIe et du début du XIVe siècle, concernant les pièces de l'opus anglicanum mentionnent essentiellement des femmes. Bien sûr il n'y a pas que des femmes travaillant dans et à la têtes d'ateliers de brodeurs, il existe même des contextes dans lesquels les hommes sont prédominants (voir Nadège Gauffre-Fayolle : Broder à la cour de Savoie entre 1300 et 1430 : de l’armurier au brodeur ou de la difficulté à recruter des artisans) mais le propos de cet article étant la réception des broderies réalisées ou attribuées aux femmes, je ne m'étendrai pas sur la question.

[6] Par exemple dès le XIIe siècle, par le Traité des divers arts du moine Théophile et le Livre de l'art de Cennino Cennini au XIVe siècle.

[7] Dans Image et transgression au Moyen Âge de Gil Bartholeyns, Pierre-Olivier Dittmar et Vincent Jolivet, les auteurs relèvent que c'est dans les marges que la culture matérielle médiévale a le plus de chance de se retrouver, en opposition au centre du sujet plus normatif.

[8] J'ai illustré ce chapitre dans un article sur la manière de dessiner pour les brodeurs.

[9] « Comment dessiner pour les brodeurs Tu devras fournir des brodeurs avec des dessins de diverses sortes. Pour cela, demande à ces maîtres de te bien tendre la toile ou la soie fine sur un châssis. Ensuite, si la toile est blanche, prends ton charbon habituel et dessine ce que tu veux. Puis prends ta plume et ton encre habituelles et repasse-le comme tu le ferais sur un panneau au pinceau. Puis efface le charbon. Puis prends une éponge humide bien propre et essorée. Et avec l'éponge, gomme la toile sur l'envers, du côté où elle n'a pas été peinte et continue jusqu'à ce que la toile soit humide aussi loin que s'étend le dessin. Ensuite prends une petite brosse à poils assez courts, trempe-la dans l'encre et après l'avoir bien essuyée, tu commences par ombrer les zones les plus sombres, en revenant et en dégradant progressivement. Tu trouveras qu'il n'y a pas de de toile assez grossière mais que grâce à cette méthode, tu obtiendras des ombres si douces qu'elles te sembleront miraculeuses. Et si la toile sèche avant que tu aies fini d'ombrer, reprends l'éponge et humidifie à nouveau la toile. Cette méthode te suffira à travailler sur le tissus. »

[10] Philippe Lorentz : « Pour pinceau ils avaient leur aiguille » : brodeurs et peintres à la fin du moyen-âge ; L'art en Broderie au moyen-âge. autour des collections du musée de Cluny. sous la direction de Christine Descatoire. Editions de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais, 2019.

[11] Libro quarto. De rechami per elquale se impara in diuersi modi lordine e il modo de recamare de Alessandro Paganino vers 1532, MET.

[12] vous pouvez retrouver cette technique, réalisée en contexte moderne sur ma chaîne youtube.

[13] Denis Bruna « Merveille et belle chose à voir » : le vêtement brodé au moyen-âge. L'art en Broderie au moyen-âge, autour des collections du musée de Cluny. Sous la direction de Christine Descatoire. Editions de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais, 2019.

[14] J'ai déjà évoqué l'exemple d'Helmbrecht le fermier dans mon article sur le costume de courtisane du XIIIe siècle. Son ridicule n'est pas simplement lié à l'usage de broderies dans sa tenue mais par un usage inapproprié, c'est à dire qui ne respecte pas les codes du milieu qu'il souhaite intégrer. Consulter à ce sujet : Helmbrecht le fermier, conte moral ; G. Bartholeyns ; L'enjeu du vêtement au Moyen âge ; Le corps et sa parure ; SISMEL - EDIZIONI DEL GALLUZO ; 2007.

[15] Seeberg S. (2012) Women as makers of church decoration : Illustrated textiles at the monasteries of altenberg/lahn, Rupertsberg, and Heiningen (13th-14th c.) ; Martin, Th. : Reassessing the Roles of Women as 'Makers' of Medieval Art and Architecture. Volume one. Boston : Brill.

Les points de couchure au moyen-âge

Les points de couchures sont une famille de points de broderie, très utilisés dès le moyen-âge. Il en existe plusieurs types qui ne se travaillent pas tous exactement de la même façon et s'intègrent à différentes techniques et différents styles de broderie de l'époque.

Dans cet article, je vous propose de découvrir ces différents points à travers des exemples de broderies médiévales.

Lire la suite

Broderies à point comptés : l'Opus Teutonicum

vue-d-ensemble.png, fév. 2020

Les broderies médiévales à points comptés de l'aire germanique constituent un ensemble de broderies très variées. Du 12e au 15e siècle, ces broderies ont en commun l'utilisation de points comptés, c'est à dire que chaque point est réalisé de manière précise en comptant les fils du support de la broderie (tissu).

En dehors de cette caractéristique technique, le corpus est fort hétérogène. Pourtant bien souvent, les ouvrages relevant de cette période et de cette zone géographique sont désignés par une appellation générique, comme « german brick stitch » (point de brique allemand) ou « opus teutonicum ». Ces deux appellations posent problème. En effet, l'appellation point de brique ne reflète pas la diversité technique. Quant à l'opus teutonicum , il a une définition historique bien précise qui s’accommode assez mal de cette généralisation.

Je vous propose un petit tour d'horizon de ces différentes broderies pour décrire leurs caractéristiques techniques et graphiques et tenter de les désigner de manière satisfaisante.

  • Est-ce que ce corpus peut être considéré comme un grand ensemble cohérent ?
  • Est-ce que les différences techniques et graphiques nous permettent de discriminer des sous ensembles stylistiques et de les relier aux définitions existantes ?

Ce travail va également me permettre d'introduire la notion de style de broderie.

En effet, dans le cadre de la reconstitution de broderie médiévale, il est important de comprendre ces notions de style de broderie afin d'obtenir un résultat le plus crédible possible qui respecte à la fois les contraintes techniques et graphiques. Grâce à une meilleure description et des définitions claires, j'espère permettre à chacun de mieux comprendre les ouvrages de ce type, de les relier entre eux et de faire des choix éclairés en terme de reconstitution.

vue-d-ensemble.png, fév. 2020 Vue d'ensemble des broderies germaniques à points comptés sélectionnées sur mon tableau pinterest.

Étant donné l'ampleur du sujet, je vous propose de découvrir ces pièces en plusieurs articles afin d'éviter un article trop long :

  • L'opus teutonicum : exemples et définition.
  • Les broderies polychromes : corpus homogène ?
  • Techniques utilisées

Lire la suite

Jour de la quenouille

Aujourd'hui, 7 janvier, c'est le jour de la quenouille.

Gros plan sur ma quenouille pendant que je file au château du Turenne (Corrèze) avec l'association Historia Aquitanorum.

Traditionnellement, c'est le jour où les travaux domestiques reprennent, 12 jours après noël.

L'occasion de se pencher sur cet outil simple mais hautement symbolique.

Lire la suite

Le filage des femmes au moyen-âge

Hunterian_Psalter_c._1170_Eve_spinning.jpg

Depuis quelques jours, est partagé sur les réseaux sociaux, un article (daté de l'an dernier) de France Culture visant à déboulonner quelques clichés sur le moyen-âge. Combattre les idées reçues, encore nombreuses, sur cette période, c'est bien. Le faire sans perpétuer d'autres clichés, c'est encore mieux.

Et là, une petite phrase m'a interpelée. Au détour du paragraphe consacré à la condition féminine , voici ce que je lis :

On est encore loin d'une égalité de droits pour l'homme et la femme, mais on aurait tort d'imaginer les femmes en train de filer la laine en attendant que leur époux revienne de sa journée de travail.

Des femmes, désœuvrées, qui filent pour passer le temps, en attendant le retour de leur époux, c'est un cliché. Mais les femmes qui filent la laine à domicile c'est une réalité essentielle de l'époque médiévale.

Lire la suite

Le tambour à broder

L_art_du_brodeur_par_M__._Saint-Aubin_Charles-Germain_bpt6k1065586m_49.jpg

(English readers : you can find a translation of this article on Le temps de broder.)

Après les métiers à broder qui semblent être la première forme d'outil pour tendre l'étoffe en broderie, je vous propose de nous intéresser au tambour ou cercle à broder.

Le tambour à broder est un métier circulaire en bois, généralement composé de 2 cercles qui s'emboîtent pour fixer l'étoffe. Le tambour a donc la même fonction que le métier à broder : tendre le tissu. Il diffère par sa forme et la manière dont on va tendre le tissu dessus.

Je vous propose de remonter à son apparition et son usage en occident. Une fois encore, nous utiliserons les ouvrages encyclopédiques mais également les tableaux et pièces d'époque pour cette étude. Enfin nous verrons comment en étudiant les broderies d'époques et l'évolution des styles de broderies, on peut suivre la trace de l'usage du tambour à broder au fil du temps.

Lire la suite

Pelote - surcot espagnol de la fin du XIIIe siècle

saya-01-LOGO.JPG

Seconde pièce du costume de noble espagnol de la fin du XIIIe siècle que je vous présente : la pelote ou surcot.

Portée par dessus la tunique, le surcot espagnol a lui aussi une forme très typique. C'est un surcot sans manches dont l'ouverture sur les côtés est très échancrée. Il laisse largement voir la tunique portée en dessous. Cette forme de surcot, longueur mise à part, semble également portée aussi bien par les hommes que par les femmes.

Lire la suite

Point de bayeux

rose-bayeux-02.JPG

Le point de Bayeux, ou point d'orient, ou point raché est une couchure dont l'exemple historique le plus célèbre est probablement la tapisserie de Bayeux, datée de la fin du XIe siècle.

rose-bayeux-02.JPG

Mais si cet exemple est le plus connu, il a été utilisé pendant longtemps, en particulier pour la broderie de pièces liturgiques. Loin d'avoir été cantonné à la tapisserie au point d'aiguille (c'est à dire à la broderie de laine) il a également été utilisé pour remplir au fil de soie de grandes surfaces. Car c'est là son principal point fort en plus d'être une technique économe en fils. Saint-Aubin le décrit comme un point permettant de réaliser de la peinture à l'aiguille de manière rapide pour les ouvrages destinés à être regardés de loin.

Lire la suite

Métiers à broder

G70036-24a.jpg

(English readers : you can find a translation of this article on Le temps de broder.)

Les métiers à broder servent à tendre le tissu sur lequel on va appliquer une broderie. Si certains points de broderie peuvent s'effectuer sans tendre l'ouvrage, il en est pour lesquels c'est indispensable. Dans le cadre de broderie historique et de la reconstitution d'un atelier de brodeurs la question du métier s'est posée. Existaient-ils ? Quelle était leur forme ? Comment étaient-ils faits ?

J'ai donc exploré les sources, jusqu'au 18e siècle pour faire un tour d'horizon des types de métiers utilisés selon les périodes. J'ai arrêté mes recherches (même si je note les représentions plus récente pour archive) au 18e siècle car il semble correspondre à l'arrivée du tambour à broder rond. Je me suis contentée de dater son apparition et non d'étudier son évolution au cours du temps. Je consacrerai un article séparé sur l'apparition du tambour rond.

Les différentes sources que j'ai utilisées sont les représentations, bien sûr. Elles nous permettent d'attester de l'existence de l'outil à une date donnée. Mais celles-ci ne sont pas toujours suffisantes. Parce qu'on ne retrouve pas de représentation exhaustive de tous les outils ayant été utilisés pour les périodes anciennes mais également parce que le détail ne nous permet pas toujours d'identifier avec certitude la représentation, ni même les caractéristiques techniques de l'objet.

Nous étudierons également certains traités qui nous permettent d'avoir des précisions sur les us et coutumes de l'époque. Que se soit un traité de broderie ou un traité de peinture, ils vont venir en complément nous donner des informations supplémentaires.

Enfin, pour les périodes où l'on a aucune représentation ni texte évoquant les conditions matérielles, l'étude des broderies en elle-mêmes nous offre également quelques indices précieux sur leurs conditions de réalisation.

Lire la suite

Une tenue de femme noble 1630

P1150448-small.JPG

P1150448-small.JPG

Ce costume est une proposition de reconstitution d'une tenue de femme noble dans les années 1630. Cette tenue est inspirée dans sa forme et sa construction par le corsage 1630 conservé au V&A et plusieurs tableaux et gravures d'époque pour l'ensemble.

Ce costume est composé d'une chemise en lin blanc, d'un cul, d'une jupe de dessous en lin doublée de lin, d'un corsage en soie fortement baleiné, d'une jupe assortie en soie doublée de soie, d'un col en lin orné de dentelle.

Des éléments de décoration en soie, dentelle et perles rehaussent cette tenue.

Lire la suite

Le point de croix natté

b223582.jpg

Dans les points utilisés au Moyen-âge, si les couchures sont peut être les points les moins connus aujourd'hui, un point qui est peu connu voire mal interprété est le point de croix natté (ou long-arm cross stitch en anglais). Parfois confondu avec un point de chausson ou un point de croix serré.

Broderie à points comptés, le point de croix natté est un point de croix asymétrique. Il a été utilisé au moins dès le XIIIe siècle pour réaliser des bordures ou des frises géométriques ou bien seul pour son aspect décoratif, donnant un résultat à mi-chemin entre la tapisserie et le tricot.

Cette bourse à relique datée du XIVe siècle est également brodée au point de croix natté, le résultat en côtes parallèles fait penser à du tricot. b223582.jpg
Bourse à relique XIVe siècle, Musée d'art religieux et d'art Mosan.

Lire la suite

Nouvelle catégorie

Screenshot-2018-12-6_Reconstitutions.png

Un court message pour dire que j'ai ré-agencé les catégories du blog, pour en ajouter une spécifiquement dédiée à la broderie. Les tutoriels et explications sur des techniques historiques autre que la broderie resteront dans la catégorie techniques. Et la catégorie accessoire sera consacrée aux  […]

Lire la suite

Proposition de reconstitution d'un costume d'aviatrice du début du XXe siècle

harriet-quimby-03.jpg

Suite et fin de la série d'articles sur le costume de pionnière de l'aviation pour la pour la compagnie Eutrapelia.

Dans les articles précédents nous avons vu les recherches effectuées dans le cadre de cette réalisation, nous allons donc, enfin voir la culotte réalisée pour le spectacle. Pour rappel les articles précédents :

Lire la suite

Tenue d'aviatrice : les nouvaux horizons de la féminité - Partie 3

quimby-moisant-02.jpg

Troisième et dernière partie théorique sur les recherches effectuées pour la réalisation d'une tenue d'aviatrice vers 1910 pour la compagnie Eutrapelia. Après avoir étudié ensemble :

Nous allons porter notre attention plus particulièrement sur Harriet Quimby. En effet, lorsque l'on recherche des images de ces pionnières, elle retient rapidement l'attention.

D'abord au regard du nombre de documents, en particulier de photos d'elle, que se soit en civil ou en tenue de pilote.

Mais également, parce que sa médiatisation ainsi que son image révèle une véritable stratégie de gestion de sa célébrité.

Lire la suite

Tenue d'aviatrice : les nouvaux horizons de la féminité - Partie 2

elise-deroche-01.jpg

Après avoir fait un rapide tour d'horizon des tenues féminines liées aux activités physiques et sportives qui ont existé en ce début de XXe siècle, nous allons nous intéresser à l'aviation proprement dite.

L'aviation est une activité qui porte en elle les idées de danger, de vitesse, qui ne sont pas, à l'époque, du tout associé aux activités féminines.

Les principaux problèmes que l'activité pose en terme de tenue sont le froid, le vent, mais aussi la saleté, comme les projection d'huile ou la poussière. Les tenues d'aviations doivent donc à la fois permettre une certaine liberté de mouvements mais aussi avoir de bonnes capacités de protection.

Nous allons brièvement voir comment les hommes ont adapté leur tenue à ces problèmes. Nous détaillerons ensuite les tenues des aviatrices d'après leurs photographies.

Lire la suite

Tenue d'aviatrice : les nouvaux horizons de la féminité - Partie 1

wigan-01.jpg

Proposition de reconstitution d'une tenue d'aviatrice vers 1910.

Une nouvelle fois, la compagnie Eutrapelia m'a fait l'honneur de me confier la réalisation de certaines pièces de costume pour leur nouveau spectacle : Antoinette.

La pièce de cet ensemble qui a demandé le plus de recherches a été la culotte d'aviatrice. Je vous propose de détailler ici ces recherches.

La tenue d'une pionnière de l'aviation est particulière dans le sens où, par définition, elle s'inscrit dans un contexte où rien n'est encore standardisé ni uniformisé. Et c'est précisément là que résident à la fois la difficulté et l'intérêt de ce type de recherche.

Pour réaliser ce costume, nous nous sommes basées sur les photographies des tenues des premières aviatrices jusqu'au début de la première guerre mondiale. Cette dernière représentant potentiellement une fracture dans la mode et les mentalités. Les textes et coupures de journaux nous ont également fourni des indications précieuses pour compléter notre approche.

J'ai également été amenée à élargir les recherches sur d'autres types de vêtements féminins liés à des activités marginales (sport, travail), dans le but d'étudier les aménagements spécifiques qui ont souvent été créés et inventés par les femmes elles-mêmes.

J'ai scindé ces recherches en plusieurs parties :

Nous nous intéresserons en premier lieu à ces vêtements spécifiques ou marginaux de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. Nous verrons comment les femmes ont adapté leurs tenues pour les nouvelles activités qui se développaient et comment elles ont composé avec une société peu ouverte à ces évolutions.

Nous étudierons ensuite les tenues spécifiques à l'aviation. En évoquant brièvement la manière dont les aviateurs se sont adapté aux contraintes que l'activité imposait et ensuite en étudiant le corpus de photographies d'aviatrices en tenue.

Nous insisterons dans un article sur l'impact et la place des pionnières de l'aviation dans les mouvement de libération du corps des femmes, en étudiant le cas d'Harriet Quimby.

Enfin, un dernier article sera consacré à la réalisation elle-même et aux choix que nous avons été amenées à faire.

Lire la suite

Les troubadours - Michel Zink

BnF_ms._12473_fol._128_-_Guillaume_IX_d_Aquitaine__1_.jpg

Les troubadours, une histoire poétique, Michel Zink, 2013, collection « Pour l’histoire » aux éditions Perrin. Ce livre se veut une histoire poétique des troubadours. Il tente de rendre à leur poésie sa fraîcheur en la suivant dans ses méandres, en disant au fil des chansons et à propos de chacune  […]

Lire la suite

L'usage de décors brodés dans l'habillement - introduction.

rogerII.jpg

Nous avons vu quelques points de broderie de l'époque|, des techniques appliquées à la broderie, les costumes des artisans et les outils.

La question de l'existence de la broderie n'est évidemment pas sujette à caution, il faut néanmoins s'intéresser aux usages de ces broderies : Par qui ? Pour quoi ? sont-elles utilisées. Est-ce que tous les décors brodés sont utilisés de la même manière ?

Ce premier article est une introduction aux différents usages des décors brodés au Moyen-âge dans l'habillement. J'ai écarté le mobilier (civil et liturgique) car la longueur de l'article me semblait déjà suffisante. En outre, je m'accorderai ainsi une pause pour me permettre de traiter ces usages de manière plus approfondie plus tard. Cet article était déjà en préparation depuis plusieurs années, le couper me permet d'enfin le publier sans pour autant en bâcler tout un pan.

Dans les articles à venir également, je vous présenterai quelques exemples de broderies (parfois terminées, parfois en cours) que nous réalisons dans le cadre de l'atelier de brodeurs. Nous évoquerons alors plus en détail les sources, les techniques et les matériaux.

Si l'atelier de brodeurs et les brodeurs eux-mêmes sont fixés dans une aire spatio-temporelle, les ouvrages proposés sont d'origine plus étendue. En effet, la variété des styles de broderies, des écoles, nous semblait aussi primordiale à évoquer pour illustrer la richesse de l'art de la broderie au Moyen-age et, à titre personnel, passionnant à découvrir et approfondir. Nous nous intéresserons donc aux broderies occidentales du XIIe au XIVe siècles !

Lire la suite

Ça a un goût d'aligot

heloise-12e-03.JPG

Voici deux plats simples : un hachis d'herbes fraîches et une purée de lentilles. Ces plats sont adaptables et déclinables à l'envie en fonction des ingrédients disponibles. Tous les deux sont issus du traité italien du XIVe siècle : Il libro della cucina del secolo XIV, dont j'ai utilisé la version  […]

Lire la suite

Broderies médiévales : points utilisés

sens-point-fendu-01.JPG

Les points de broderies utilisés au milieu du moyen-âge sont assez simples et pour la plupart encore largement utilisés aujourd'hui. Si utiliser un point attesté à une période donnée n'est pas suffisant pour faire de la broderie historique (nous verrons ce point dans la conclusion), c'est un prérequis nécessaire.

Cet article a pour but de recenser les points les plus fréquemment utilisés d'après les artefacts qui nous sont parvenus. Pour une explication complète et technique sur les points de broderie en eux même, de nombreux ouvrages et sites internet proposent des explications claires et détaillées (Le site de Mary Corbet par exemple ou L'Encyclopédie de la broderie : Plus de quatre cents points de Mary Thomas et Jan Eaton, Ed. Fleurus).

Un grand merci à Laetitia Martini de l’association Fief et Chevalerie pour m'avoir permis d'utiliser certaines de ses photographies prises au musée de Sens.

Lire la suite

Haut de page