Les sources

La bible dite de Maciejowski est un manuscrit enluminé de l'ancien testament, commandé par St Louis et réalisée à Paris par différents enlumineurs aux alentour de 1250.

Elle présente des scènes de l'ancien testament, représentées avec une grande précision dans le détail, notamment pour les costumes civils et l'équipement militaire. A ce titre c'est une référence incontournable pour qui pratique la reconstitution française de cette époque.

De nombreux personnages de condition modeste sont représentés au fil des scène, nous permettant de déduire la reconstitution de leurs costumes et équipements.

Voici quelques personnages que j'ai sélectionnés pour la réalisation de ce costume :

Extraits de la bible de maciejowski Diverses images tirées de la bible de Maciejowski

J'ai sélectionné des personnages féminins présentant des robes à manches dépassées, c'est à dire cousues seulement sur une partie (dans le dos) de l'emmanchure permettant ainsi de retirer les manches et de les porter dans le dos (lâchées ou attachées) de sorte à être plus libre de ses mouvements. Ce type d'emmanchure me semblait particulièrement pratique pour un costume de travail.

La robe

Photo en pied de la robe Robe pauvre XIIIe d'après la bible de Maciejowski.

Matières utilisées

J'ai choisi pour ce vêtement de travail d'utiliser un tissus et une teinture ordinaires. La robe est taillée dans une toile de lin épaisse et solide, engallée[1], mordancée puis teinte aux pelures d'oignons. L'engallage sert ici à permettre à la fibre de lin de se mordancer et ainsi mieux tenir la teinture. Ce procédé est discutable d'un point de vue historique, non pour des raisons techniques, mais le coût de telles opérations (noix de galles, alun ...) me semble trop élevé pour le résultat obtenu[2] et le statut du personnage.

Patron

Ne connaissant aucune relique ou pièce archéologique de ce type de vêtement, j'ai dû modéliser son patron à partir des connaissances que j'ai sur les costumes des siècles précédent et suivant ainsi que sur certains vêtements contemporains mais de facture bien plus riche.

J'en ai tiré un patron simple, à base de lés droits et de godets rapportés mais j'ai abandonné la traditionnelle forme en T utilisée bien souvent pour les emmanchures.

En effet, pour réaliser ce type de robe, semblable à celles de la bible, portées aussi bien manches portées ou dépassées, il faut tailler les emmanchures de manière plus ergonomique que nous le permet le patron en T. Elle sont donc creusées, comme nous le montrent certains patrons XIIe (tunique de travail Moselund par exemple) et sont taillées strictement comme si j'avais dû les coudre entièrement et les porter de manière normale. Pour le montage final, la couture part de la couture des épaules et s'arrête quelques centimètres avant la couture d'assemblage des pans de devant et dos. L'ampleur nécessaire pour passer ou dépasser les manches une fois la robe portée est ajoutée en stoppant la couture d'assemblage devant/dos une quinzaine de centimètre avant l'emmanchure à proprement parler. Le trou que cela forme sous l'emmanchure quand les manches sont passées, est semblable à celui que l'on peut observer sur la bible (ex : vignettes 4 et 5).

Détail de l'emmanchure Détail de l'emmanchure. On peut voir sous le bras, le trou permettant de passer ou dépasser les manches.

Pour la silhouette générale, j'ai opté pour une forme simple : lés rectangulaires et godets triangulaires sur les côtés. Les robes présentées sur la bible semblent assez longues et sont portées blousant à la taille. J'ai donc réalisé une robe tombant au sol, que je relève à la ceinture. De ce fait, les godets ne partent que de la taille, mais m'offrent un supplément d'ampleur sur les hanches quand la robe est relevée.

La chemise

La chemise est étudiée pour qu'elle convienne à des travaux manuels. J'ai donc réalisé des manches amples qui peuvent se remonter aux coudes. Elle est taillée dans une toile de lin écru.

Robe XIIIe portée manches dépassées Robe XIIIe portée manches dépassées : on voit les manches de la chemises qui sont relevées pour les travaux.

La Coiffe

Sur les exemples tirés de la bible que j'ai proposé, on peut observer deux coiffes distinctes : l'une, vignette 5, prenant le menton et les autres enveloppant simplement la tête.

La première, est un type assez courant dès la fin du XIIe siècle (on l'observe dans la bible de Manerius) et encore utilisée au XIIIe siècle (vitraux de la cathédrale de Chartres par exemple) même si ce n'est pas la plus fréquemment rencontrée dans la bible de Maciejowsky.

Pour la réaliser, il faut un rectangle de tissus d'environ 40x250cm. Le reste n'est qu'une habile question de drapé. Certains considèrent que ce type de coiffe peut être assimilée à la guimpe[3]

Coiffe couvrant le menton Coiffe couvrant le menton vue de côté Diverses vues de la coiffe couvrant le menton.

La seconde est très fréquente à partir du XIIIe siècle sur les personnages pauvres ou au travail. Je l'ai réalisée dans du lin blanc coupé en demi-cercle sur lequel est cousu un très long cordon en tissus permettant de faire plusieurs fois le tour de la tête. Sur le site de Tempora Nostra, la fabrication et la mise en place de cette coiffe est très bien expliquée (en allemand, certes, mais bien expliquée !).

Pour les francophone, voici une explication en images pour la mise en place de cette coiffe simple mi-XIIIe.

Coiffe simple Coiffe simple.

Les chausses et chaussures

Les chausses sont basses (aux genoux) et taillées dans une fine laine jaune.

Chausses et chaussures Robe, chemise, coiffe, chausses et chaussures.

Les chaussures sont un modèle ordinaire, fermées et basses, ce qui semble être la norme pour le costume féminin de cette période.

Elles sont réalisées selon la technique du cousu-retourné et ont été cousues avec une trépointe dont l'usage se démocratise à cette époque.


Pour aller plus loin ...

Le rendu final de ce costume me semble satisfaisant. Il répond aux critères que je m'étais fixés à savoir : avoir un aspect général conforme à ce qui est visible sur l'iconographie, en utilisant des matériaux et techniques avérées. Il est rustique, solide, confortable et très pratique.

Je souhaite à l'avenir le compléter par quelques accessoires ou éléments de costumes le rendant utilisable dans différentes situations telles que le froid, le voyage ... J'ai donc prévu de le compléter en y ajoutant : tablier, chaperon, sacs et besaces et, peut être, manteau.

Enfin, pour compléter cette reconstitution, je vous invite à aller voir la proposition de reconstitution d'un costume de servante à manche dépassée par Alexandra des Guerriers du moyen-âge.

Notes

[1] L'engallage est une étape préliminaire à la teinture qui consiste en une imprégnation de l'étoffe par du tanin ou de l'acide galligue.

[2] J'espérais plutôt qu'un jaune, une teinte marron plus soutenu que j'ai obtenu selon le même procédé sur une autre toile de lin, plus fine.

[3] E. Goddart, Women's costumes in french texts of the eleventh and twelfth centuries