Cennini chapitre X

Voici un lien vers le texte intégral traduit en anglais :

http://www.noteaccess.com/Texts/Cennini/10M.htm

CLXIV How to Draw for Embroiderers. Again, you sometimes have to supply embroiderers with designs of various sorts. And, for this, get these masters to put cloth or fine silk on stretchers for you, good and taut. And if it is white cloth, take your regular charcoals, and draw whatever you please. Then take your pen and your pure ink, and reinforce it, just as you do on panel with a brush. Then sweep off your charcoal. Then take a sponge, well washed and squeezed out in water. Then rub the cloth with it, on the reverse, where it has not been drawn on; and go on working the sponge until the cloth is damp as far as the figure extends. Then take a small, rather blunt, minever brush; dip it in the ink; and after squeezing it out well you begin to shade with it in the darkest places, coming back and softening gradually. You will find that there will not be any cloth so coarse but that, by this method, you will get your shadows so soft that it will seem to you miraculous. And if the cloth gets dry before you have finished shading, go back with the sponge and wet it again as usual. And let this suffice you for work on cloth.

Comment dessiner pour les brodeurs Tu devras fournir des brodeurs avec des dessins de diverses sortes. Pour cela, demande à ces maîtres de te bien tendre la toile ou la soie fine sur un châssis. Ensuite, si la toile est blanche, prends ton charbon habituel et dessine ce que tu veux. Puis prends ta plume et ton encre habituelles et repasse-le comme tu le ferais sur un panneau au pinceau. Puis efface le charbon. Puis prends une éponge humide bien propre et essorée. Et avec l'éponge, gomme la toile sur l'envers, du côté où elle n'a pas été peinte et continue jusqu'à ce que la toile soit humide aussi loin que s'étend le dessin. Ensuite prends une petite brosse à poils assez courts, trempe-la dans l'encre et après l'avoir bien essuyée, tu commences par ombrer les zones les plus sombres, en revenant et en dégradant progressivement. Tu trouveras qu'il n'y a pas de de toile assez grossière mais que grâce à cette méthode, tu obtiendras des ombres si douces qu'elles te sembleront miraculeuses. Et si la toile sèche avant que tu aies fini d'ombrer, reprends l'éponge et humidifie à nouveau la toile. Cette méthode te suffira à travailler sur le tissus.

Pré-requis

Pour cela, demande à ces maîtres de te bien tendre la toile ou la soie fine sur un châssis.

Stabiliser l'étoffe

En premier lieu, pour conserver l'étoffe dans le meilleur état possible on stabilise les bords avec de la cire pour éviter qu'ils s'effilochent. Les comptes font mention de cire dans les dépenses de broderie et l'on a également trouvé de la cire sur les bords francs de certaines étoffes brodées.

J'ai enduit de la cire d'abeille fondue au pinceau sur les bords du tissus. Pour ce faire, il faut impérativement que la cire soit très liquide et qu'elle reste suffisamment chaude pour ne pas durcir avant d'avoir fini de l'appliquer en fine couche.

Ensuite, je pose (au moyen d'épingles ou d'une couture au point avant) des bandes d'un tissus suffisamment résistant dont le rôle sera de supporter la tension des attaches et de la répartir régulièrement sur l'étoffe à broder.

Tendre l'étoffe sur un châssis

A l'aide d'une ficelle de lin que je fixe sur les bandes de tissus rapportée, je tends mon étoffe sur le châssis.

Reporter le motif

Pour reporter le motif, le décalquer en quelque sorte, j'utilise une technique non spécifiée dans l'ouvrage de Cenini mais dont nous avons des traces à l'époque grâce aux comptes et inventaires.[1] Cette méthode a pu être utilisée dans le cas de motifs répétitifs à broder. Quant à moi, je l'utilise essentiellement pour me faciliter les choses dans la mesure où je ne suis pas peintre.

J'utilise un parchemin sur lequel le motif est déjà dessiné et qui a préalablement été troué régulièrement (tous les mm environ).

Au moyen d'une poncette (simple morceau de laine enroulé sur elle-même) et de charbon (pour les tissus clairs) ou de craie (pour les tissus foncés), on reporte le motif en passant la poncette enduite de poudre sur le parchemin troué qui a été posé sur l'étoffe.

Crédit photo : Yann Kervran

On peut alors commencer la phase de dessin.

Dessiner

Ensuite, si la toile est blanche, prends ton charbon habituel et dessine ce que tu veux.

Le dessin est assez grossier, mais il faut dire que je ne maîtrise pas tout à fait la technique. En fait il va plus me servir de repère pour la phase suivante.

Encrage.

Puis prends ta plume et ton encre habituelles et repasse-le.

J'encre donc mon dessin à la plume en me reportant au parchemin pour les détails.

L'encre ferro-gallique est plus pratique que l'encre à base de charbon pulvérisé pour la suite. En effet, elle reste plus facile à transpercer avec l'aiguille. La gomme arabique, elle, va augmenter la viscosité de l'encre et créer une encre très couvrante peu aisée à broder mais qui ne va pas baver lorsqu'on l'applique. Pour les ombrages, par contre, il faut une encre plus fluide.

Puis efface le charbon.

Une fois l'encre sèche, je gomme le charbon à l'aide d'une brosse assez ferme.

On voit sur la photo ci-dessus, au niveau de la patte arrière-droite du cheval que l'encre a bavé. C'est au moment où j'ai voulu fluidifier un peu mon encre pour faciliter le tracé à la plume.

Ombrage.

Avec l'éponge, gomme la toile sur l'envers, du côté où elle n'a pas été peinte et continue jusqu'à ce que la toile soit humide aussi loin que s'étend le dessin.

Tu commences par ombrer les zones les plus sombres.

Je dessine les ombres à l'aide d'un pinceau fin. Pour cela, j'utilise la même encre que j'ai légèrement fluidifiée.

Au moment de l'ombrage, les dégradés apparaissent mal. Peut être l'encre est-elle trop diluée. En outre, les petites particules de charbon gênent la lisibilité.

Une fois sec, je gomme les particule à l'aide d'une brosse. Le dessin ainsi que les ombres ressortent beaucoup plus nettement.

Si le résultat final est loin d'être parfait, il faut se rappeler que ce manuel s'adresse à des peintres professionnels, ce qui est trèèèèèèèèèèèèèèèèès loin d'être mon cas.

Il est enfin temps de passer à la broderie !

Note

[1] K. Staniland, Les brodeurs, Brepols, 1992.