Le mobilier


Crédit photo : Yann Kervran.
Brodeuse, cadre et tréteaux.

Nous n'avons aucune trace de métier ou de cadre à broder pour l'époque qui nous intéresse. Cependant, au vu des techniques et points de broderies utilisées sur les ouvrage qui nous sont parvenus il semble évident qu'il en existait. En effet, certains points ne peuvent pas être réalisés sans que l'étoffe soit tendue sur un cadre. Nous nous sommes donc inspirés des modèles représentés sur les enluminures plus tardives (XIVe et XVe siècles) pour notre atelier.


Crédit photo : Yann Kervran.

Ces métiers peuvent être posés sur des tréteaux à 3 pieds facilitant l'installation du brodeur à son ouvrage.

Tables, boîtes, paniers et coffres font également partie du mobilier indispensable et commun à cette époque.


Crédit photo : Yann Kervran.
Table de travail.


Crédit photo : Yann Kervran.
Un coffre peint.

Compter, se faire payer ...


Crédit photo : Yann Kervran.
Les brodeurs en train de faire le bilan, le soir après une journée de travail. Ils s'interrogent sur l'opportunité d'engager un nouvel ouvrier.

Dans une activité où les matières premières sont parfois excessivement coûteuses, il faut savoir quelle quantité de matière on utilise : or, soie sont comptabilisées pour chaque ouvrage.


Tablettes de cire

Dans ces tablettes, on peut noter au fur et à mesure les diverses dépenses liées à un ouvrage (quantité de matière première).

Lorsqu'un client vient pour passer commande et que l'on se met d'accord sur l'ouvrage et le prix, il est alors possible de fixer cet accord sur des bâtons, dits, bâtons de taille. Certains sont de simples bâtons où l'on taille des encoches d'épaisseur variable selon le prix (larges encoches pour les livres, étroites pour les sous ...). On peut aussi détacher une contre-taille que le commanditaire gardera pour preuve de cet accord et qui constitue une preuve infalsifiable puisqu'une seule contre-taille pourra s'adapter sur le bâton et présenter des entaillent qui correspondent.


Bâtons de comptage

Pour tenir à jour les comptes liés aux commandes en cours, on utilise des bâtons de taille. Bâton simple comprenant des entailles de différentes pour marquer les valeurs (a). Bâton avec taille et contre-taille (b). Bâton dont la contre-taille a été donnée au client, dessus est noté le nom du commanditaire et l'ouvrage commandé (c).


Détail du bâton de l'inscription sur le bâton de taille : A Roger de Lempdes pour VIII brouderies d'or sur soie (document réalisé avec l'aide d'Yves Laumonnier pour la calligraphie.)

Cas du prêt.

Les artisans ont été à l'époque le principal vecteur de la large diffusion de la monnaie. La richesse des artisans, ne provenait pas forcément de bien fonciers ni de rentes mais des matériaux qu'il possédaient : matières premières coûteuses et argent.

Lorsque la commande est livrée et payée, le notaire du commanditaire peut fournir une facture prouvant que la somme due a bien été payée.


Crédit photo : Yann Kervran.
Une facture rédigée par un notaire, décrivant le nom du commanditaire, le nom du brodeur, l'ouvrage commandé et la somme payée. Par ce document, le brodeur confirme qu'il a bien été payé et renonce à toute réclamation. (Document réalisé par Ivan Debono, Fief & Chevalerie)


Le brodeur range l'argent dans une bourse en cuir qu'il place ensuite dans un petit coffre décoré.

Le dessin


Matériel de dessin : encre, plume, éponge.

Les motifs à brodés sont reportés sur l'étoffe avec les mêmes moyens techniques que les imagiers : charbon et craie, encre ferro-gallique, plume, pinceaux, éponge ... Les brodeurs travaillent étroitement avec les peintres à l'époque. En effet, on retrouve des similitudes très importantes dans les styles des dessins des peintres et ceux des broderies.


Crédit photo : Yann Kervran.
Table avec le matériel de transfert sur un tissu. Dans son ouvrage destiné aux peintres, Il libro del Arte, Cenino Cennini consacre un chapitre à l'art et la manière de dessiner pour les brodeurs.J'ai illustré ce chapitre dans un article précédent.

Les outils du brodeur[1]


Crédit photo : Yann Kervran.
Les outils.

Les outils n'ont que très peu changé depuis le moyen-âge si ce n'est dans les matériaux dans lesquels ils sont réalisés.

Les outils de base pour broder sont les aiguilles et le fil. Les boîtes à aiguilles pouvaient être en bois tournées ou en os d'oiseau (qui sont creux). Des épingles en alliage cuivreux sont également utiles, piquées dans un épinglier en laine brodée.


Aiguilles et épingles : Labor Temporis
Boîtes à aiguilles tournées : De tours en Détours

Des dés à coudre en bronze tronconiques ou annulaires ont été retrouvés. Si l'on retrouve encore des forces dans les ateliers à cette époque (et pour encore quelques siècles), si le XIIIe siècle nous a laissé les premières paires de ciseaux connues en occident, des ciseaux byzantins ont été retrouvés dans une épave du Xe siècle.


Dé à coudre : nina's shop
Dé à coudre annulaire : Labor Temporis
Forces : François Jordan
Ciseaux : Yves Schmitz

Les bobines peuvent être de simples bouts de bois lissés ou tournés.


Boîte et bobines tournées : Per Braz.

Note

[1] Objets réalisés d'après pièces de fouilles XIIe et XIIIe : fouilles de Londres, fouilles de York, fouilles du Groenland, fouilles de Charavine-colletière, fouilles de Troyes, fouilles de Pymons, fouilles de Montsegur