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Simple et fonctionnel, costume porté lors de la reconstitution de la bataille de Muret.

La cotte

La cotte est en tissu de laine très fine.

Patron

C'est une tentative de reproduction de la tunique de Ste Élisabeth de Thuringe. Cependant, la tunique, conservée comme relique reste difficile à interpréter : en effet les manches courtes et l'ouverture en biais sur l'avant (comme celle des caftans orientaux) ne correspondent à rien de connu dans l'iconographie du costume de cette époque. En outre, comme souvent pour les reliques, certaines parties ont été découpées, nous privant ainsi d'informations. Une manche ainsi qu'une partie du devant du corsage sont manquants. Difficile d'extrapoler la réalité de cette ouverture frontale ainsi. Une reproduction telle qu'elle nous est parvenue ne correspondrait en rien au vêtement d'origine. Les bordures contrastées en lin sont également des ajouts ultérieurs pour sécuriser le tissu.

Marc Carlson en propose un patron extrapolé. Mais celui-ci pose également quelques problèmes : notamment cette ouverture en biais au col.

Pour essayer de proposer une reconstitution crédible, j'ai donc décidé de respecter les techniques de coutures observées sur la relique et de garder l'essentiel des pièces du patron de Marc Carslon. Cependant, j'ai extrapolé vers une forme cohérente avec les observations du costumes féminins début XIIIe : robe longue et ample, col rond sans amigaut, manches longues et resserrées aux poignets.

La particularité de cette cotte (que l'on retrouve sur celle de Ste Claire[1]) c'est qu'elle ne présente pas de godet partant de la taille sur le devant et le dos. Ces godets, bien souvent utilisés pour ajouter de l'ampleur aux robes, sont présent sur nombre d'artefacts des XIIe siècles et XIVe siècles (que se soient les tuniques masculine de Moselund ou kraguelund, ou certaines cotte féminines plus anciennes comme la tunique Norlund n°38[2]). Néanmoins, certaines statues du XIIIe siècle montrent la pointe de ce godet sur le devant au niveau de la taille.[3]

Dans ce cas, c'est uniquement grâce aux godets sur les côtés que la cotte peut avoir l'ampleur nécessaire. Le patron proposé par Marc Carlson en ajoute 2 de chaque côté. L'un part de dessous l'emmanchure et l'autre forme une pointe qui s'insère dans la couture de la manche.

C'est l'autre particularité de la mode à cette période : les godets d'aisance démarrent généralement bien au dessus de la ligne de taille contrairement à ce qui se faisait au début du XIIe siècle et ce qui se fera ensuite au XIVe. Ceci permet d'obtenir les drapés si caractéristiques de la silhouette du XIIIe siècle.


Le godet de côté remonte en pointe jusque dans la couture d'assemblage de la manche. Ce godet s’élargit fortement pour donner son ampleur à la robe. On peut observer dès la ligne de taille que le godet ajoute l'essentiel de l'ampleur. Un second godet est présent sur l'arrière de celui-ci et accentue cet effet.

Assemblage

L'assemblage est entièrement réalisé à la main au fil de lin blanc.

Le choix du fil de lin blanc pour les assemblages n'est pas évident à établir de manière certaine. Quand ils ne sont pas désintégrés les fils de couture sont souvent teintés avec temps par le contact avec le vêtements et/ou le milieu de conservation. En ce qui concerne la tunique de Ste Élisabeth, elle est cousue de fil blanc, si l'on peut dire.

Cependant, il ne faut probablement pas généraliser cette pratique. En effet, les fouilles du Groenland, ont révélés des coutures au fil de laine teintés de la même couleur que les vêtements. Cependant, ces fils ne sont pas tirés de la trame ou de la chaine du tissu, comme certains semblent le penser, mais filés spécifiquement dans ce but. Car contrairement aux fils du tissage, ils présentent un filage (retors) différent plus solide pour résister aux contraintes spécifiques à la couture.[4]

La couture utilisée sur la tunique de Ste Élisabeth est un assemblage un peu spécial que l'on retrouve également sur certaines pièces issues des fouilles de Londres[5]. Le type d'assemblage est similaire à celui utilisé pour pieds des chausses. Il a l'avantage d'être très économique et très plat : sur les chausses mais aussi sur les épaules ou les emmanchures qui souffrent parfois de trop grandes sur-épaisseurs, on ne le sent pratiquement pas.

Les deux parties à assembler sont posées endroit contre envers avec un recouvrement de 5mm. On coud alors à points glissés de chaque côté du vêtement (un passage sur l'endroit et un autre sur l'envers). Ce point, réalisé sur les bords francs, doit servir en même temps d'assemblage et de surfilage.

Avec cet assemblage, le fil de couture est visible des 2 côtés du vêtement (sur l'endroit et sur l'envers). Sur la tunique de Ste Élisabeth, l'endroit ne présente qu'une ligne d’assemblage (celle réalisée sur l'endroit), la seconde (réalisée sur l'envers), suffisamment fine est absorbée par l'épaisseur de l'étoffe. Sur ma robe, la laine était tellement fine, qu'il m'était impossible de réaliser la seconde couture (l'assemblage réalisé sur l'envers) de manière invisible : même en ne prenant qu'un seul fil de tissage mon fil de couture apparaissait sur l'endroit !

Décorations

Comme je l'indiquais, cette robe simple ne présente pas de décorations, cependant j'ai choisi de donner une forme décorative aux ourlets conformément à ce qui est fréquemment retrouvés sur les artefacts (la pièce originale n'ayant plus d'ourlet conservé) :

Repliés sur l'endroit du vêtement, ils sont cousus par un point de couchure réalisé en laine blanche. L'ourlet est également maintenu par une série de petits points avants en laine.

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Prête à sortir. On voit sur cette image les godets soulignés par la ligne d'assemblage au fil de lin blanc qui plongent vers l'avant et l'arrière. La ceinture fait plisser naturellement toute l'ampleur au niveau de la taille. La ligne de couchure réalisée en laine blanche pour coudre l'ourlet ressort fortement comme simple et unique décoration de la robe.

La coiffe


La guimpe drapée et nouée est très représentée sur les personnages pauvres (servantes, paysannes) et/ou humbles (pèlerins) des XIIe et XIIIe siècles. Pour exemple ce détail du vitrail représentant la vie de St Julien l'hospitalier (vitrail du chœur de la cathédrale de Chartres). Sur l'ensemble du vitrail, on remarque que sa femme porte le touret et, dès lors qu'ils font vœux de pauvreté, elle porte cette guimpe nouée.

La coiffe est une guimpe en laine drapée.

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La guimpe est une coiffe qui couvre la tête et le menton. Celle-ci est réalisée dans une seule bande d'étamine de laine. Elle mesure 250cm par 50cm et est passée plusieurs fois autour de la tête afin de couvrir les cheveux et le menton. Le pan libre est noué ou glissé sur le côté. En laissant l'autre pan de la coiffe sur la nuque on peut également la protéger du soleil ou du froid.

Chaperon


Femmes aux champs. Pierpont Morgan Library, New York, Ms M. 638 ; Bible de Maciejowski, fol. 17V ; vers 1250. Cette illustration est la première représentation de femmes portant un chaperon. Les deux portent le chaperon par dessus leur coiffe, une résille pour l'une (Ruth) et une guimpe ou un simple couvre-chef pour l'autre. Le chaperon rouge présente une légère cornette. Elle peut n'être encore que la pointe de la têtière et non une cornette ajoutée.

Pour sortir un chaperon simple peut compléter cette tenue : en laine doublé de lin. De forme rectangulaire, il ne présente pas de cornette ajoutée conformément aux chaperons de cette période et le guléron est ouvert sur le devant pour ménager un peu d'ampleur. chaperon.jpg
Le chaperon en laine brune doublé de lin blanc a une forme carrée dont une des pointes forme la cornette. Pas d'appendice ajouté sur ce modèle. Le guléron est très court et ne couvre pas totalement les épaules.

Notes

[1] Tunique de Ste Claire qui a également été reproduite et fera l'objet d'un article ultérieur

[2] Voir cette reproduction

[3] Notamment les statues de la cathédrale de Magdebourg en Allemagne, qui présentent des godets frontaux qui semblent plissés.

[4] Else Ostergard, Medieval Garments Reconstructed: Norse Clothing Patterns, Aarhus University Press, 2011.

[5] Crowfoot, Pritchard, Staniland, Textiles And Clothing, c.1150-c.1450: Medieval Finds from Excavations in London, The Boydell Press.