Le corpus peut sembler grand mais sur ces 2500 enluminures, toutes ne représentent pas de personnages féminin. Si l'on enlève les personnages trop particuliers pour être pris en compte, le chiffre baisse encore. Voici un petit résumé de la méthode employée :

  • Je n'ai utilisé que des sources françaises ou anglaises (pas de sources espagnoles, ni italienne, ni allemande, ni orientale).
  • J'ai exclu les représentations de la Vierge ainsi que de toutes les saintes.
  • J'ai également exclu les personnages fabuleux (sirènes) et les allégories (Église, luxure ...).
  • Sont également exclues les personnages entièrement ou en partie déshabillés.

On le voit, ceci limite déjà beaucoup le nombre de représentations rentrant dans le champ de l'étude.

Un autre biais est apparu pendant mes recherches : lorsque l'on utilise un manuscrit complet représentant de nombreuses scènes, les coiffes sont non seulement similaires mais on peut, sur des enluminure différentes observer le même personnage (Les exemples les plus frappants sont les comédies de Terence, dans le manuscrit de l'Abbaye Saint Albans en Angleterre et celui de Tours : BM Tours ms0924). Cela va créer une augmentation du nombre d’occurrence d'une même coiffe sans que se soit nécessairement représentatif. J'ai donc fait le choix, pour tenter de limiter ce biais, de ne compter qu'une seule fois chaque personnage dans le même manuscrit et de limiter le comptage dans une foule à une occurrence par coiffe. En effet, de la même manière, dans les représentations de foule, les coiffes sont souvent strictement identiques et peuvent parfaitement relever plus de la simplification de la représentation que de la réalité.

Voici les grandes familles de coiffes relevées ainsi que leur fréquence de représentation dans le corpus étudié sur l'ensemble du XIIe siècle :

  • guimpe ovale : 24.5%
  • voile/guimpe rectangulaire : 20.5%
  • tête nue : 17%
  • grand voile drapé : 15.5%
  • voile et couronne : 5.5%
  • écharpe/étole : 4.5%
  • guimpe nouée : 3%
  • couronne sans voile : 2%
  • autre : 7.5%

La catégorie autre correspond aux représentations où la tête est couverte mais où le détail ne permet pas de déterminer avec certitude le type de coiffe. Je les ai comptabilisées dans le but de comparer la proportion entre les représentations de tête non couverte et de tête couverte.

J'ai finalement regroupé toutes les coiffes à base de voile rectangulaire. Il semble, en effet, que le même voile puisse s'utiliser différemment selon les circonstances. C'est une hypothèse que j'avais déjà évoquée dans mon article sur le costume d'une artisan brodeuse.

J'ai volontairement écarté par la suite le cas des coiffes avec couronnes qui me semblaient relever de cas trop particuliers.

J'ai également coupé le siècle en deux. Nous verrons que l'on peut noter des évolutions. Je n'ai pas réduit la fourchette temporelle davantage pour des raison de facilité. Libre à chacun de faire une étude plus poussée sur la période précise qui l'intéresse. Comme toujours, le meilleurs moyen d'arriver à un résultat cohérent en reconstitution est de réaliser ses propres recherches, mon but étant de proposer un rapide aperçu des sources avant de vous proposer des tutoriels.

Intéressons-nous de plus près aux coiffes. Voici quelques exemple de représentations de ces types de coiffes :

Le grand voile drapé

Le grand voile drapé semble relever autant du manteau que de la coiffe. Très long, au minimum aux fesses, la plupart du temps jusqu'aux genoux, il semble être de forme ronde ou ovale. Il est représenté coloré.

  • 6.75% des représentations dans la première moitié du XIIe siècle
  • 22.75% des représentations dans la seconde moitié du XIIe siècle
  • 15.5% sur l'ensemble du siècle.

Vendome-ms0061-256.jpg Petrus Lombardus : Sententiae ; Couple ; Vendôme - BM - ms. 0061 - f. 256 ; 1160.

Moulins-ms0001-288v-04.jpg Bible de Souvigny ; Guérison de Tobit ; Moulins, Bibl. mun., ms. 0001, f. 288v ; fin XIIe.

Guimpe ovale

Il s'agit d'une coiffe qui entoure le visage, couvre la gorge et ne présente pas d'angle sur la ligne d'épaule ni de pan libre.

  • 27% des représentations dans la première moitié du XIIe siècle
  • 22.75% des représentations dans la seconde moitié du XIIe siècle
  • 24,5% sur l'ensemble du siècle.

Paris-BNF-Latin15675-004.jpg Moralia in Job ; BNF, Lat. 15675 ; 1175.

Troyes-ms0028-108v-01.jpg Bible ; Initiale historiée, Noémi filant ; Troyes - BM - ms. 0028 - fol.108 ; vers 1155-1165.

Voiles rectangulaires

Guimpe drapée

Un voile porté en guimpe drapée où l'on peut distinguer les angles du voile et où un pan a pu rester libre.

  • 33.75% des représentations dans la première moitié du XIIe siècle
  • 9% des représentations dans la seconde moitié du XIIe siècle
  • 20.5% sur l'ensemble du siècle.

Tours-ms0924-f16v.jpg Terence, Comédies ;Gnathon, amenant une esclave ; Tours - BM - ms. 0924 - fol.16 ; vers 1100.

Dijon-ms0014-158-01.jpg Bible de saint Etienne Harding ; Festin d'Holopherne ; Dijon - BM - ms. 0014 - fol.158 ; vers 1109-1111.

La guimpe nouée

La guimpe nouée est un long voile rectangulaire qui fait plusieurs fois le tour de la tête et passe sous le menton. Elle est fixée par un nœud sur le côté.

  • 3% des représentations dans la première moitié du XIIe siècle
  • 3.5% des représentations dans la seconde moitié du XIIe siècle
  • 3% sur l'ensemble du siècle.

Sa fréquence augmente à la fin du siècle.

Le_retour_du_Croise_8866.jpg Le Retour du Croisé ; 3e quart du XIIe siècle © Musée Lorrain, Nancy.

man-01.jpg Bible de Manerius ; Osée et Gomer ; Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 0009, f. 125v, 1185.

La guimpe portée en étole

Long voile rectangulaire, comme la guimpe nouée, il est porté en étole qui fait le tour de la tête et dont les pans semblent se croiser devant la gorge.

  • 6.75% des représentations dans la première moitié du XIIe siècle
  • 2% des représentations dans la seconde moitié du XIIe siècle
  • 4.5% sur l'ensemble du siècle.

Paris-BNF-Latin16743-036.jpg Bible ; BNF, MS Lat. 16743 ; fol.36 ; seconde moitié du XIIe siècle.

Paris-BNF-Latin16745-178v.jpg Bible ; Judith et Holopherne ; BNF, MS Lat. 16745 ; fol.178 ; seconde moitié du XIIe siècle.

Conclusions et perspectives de reconstitution

Cet article n'est qu'un bref aperçu sur le sujet des coiffes au XIIe siècle, mais il permet d'appréhender l'étendue du travail à réaliser pour mieux cerner la question.

En effet, définir des formes générales est une première étape. Les statistiques que j'ai réalisées rapidement pourraient être affinées. Le statut social des personnages portant chaque coiffe doit également être approfondit ainsi que le contexte. Les textes, même s'ils ne nous permettent pas toujours de relier les descriptions aux représentations, sont une aide utile pour comprendre la manière de porter ces coiffes ainsi que leur usage social.

Enfin, même si j'ai tenté de regrouper les coiffes par forme, dans certains cas, il est difficile de déterminer précisément à quel groupe appartient une représentation. De fait, certains de mes choix sont arbitraires et certaines coiffes pourraient être rattachées à d'autres groupe.

J'ai déjà traité de la guimpe nouée dans deux articles (l'un sur les sources et l'autre sur la manière de la mettre) en tentant d'approfondir de la manière décrite plus haut, de nouveaux articles viendront compléter cette série, le premier à venir étant sur la guimpe ovale qui est la coiffe la plus souvent rencontrée dans cette étude.