lundi 30 juillet 2018

Tenue d'aviatrice : les nouvaux horizons de la féminité - Partie 3

Troisième et dernière partie théorique sur les recherches effectuées pour la réalisation d'une tenue d'aviatrice vers 1910 pour la compagnie Eutrapelia. Après avoir étudié ensemble :

Nous allons porter notre attention plus particulièrement sur Harriet Quimby. En effet, lorsque l'on recherche des images de ces pionnières, elle retient rapidement l'attention.

D'abord au regard du nombre de documents, en particulier de photos d'elle, que se soit en civil ou en tenue de pilote.

Mais également, parce que sa médiatisation ainsi que son image révèle une véritable stratégie de gestion de sa célébrité.

Le cas Quimby

quimby-moisant-02.jpg Harriet quimby et Mathilde Moisant en tenue de jour.

Sur bon nombre de photographies, les mises en scène sont flatteuses et sa tenue frappe instantanément par sa féminité. La tenue est chatoyante, l'étoffe est souple, loin du cuir qui fait ressembler aux hommes.

harriet-quimby-02.jpg Cette pose n'a pas grand chose à envier à l'imaginaire plus récent associés aux femmes pilotes ou mécaniciennes. Le rendu brillant et souple de la combinaison accentue la féminité de la tenue.

La culotte bouffante est toujours à cette époque un vêtement marginal. Même la jupe-culotte fait scandale. Pourtant sa tenue, loin de s'aventurer dans la transgression en imitant le costume masculin, met largement son corps en valeur. Il s'agit d'une combinaison en une pièce en satin, doublée de laine à l'intérieur pour l'isolation. La culotte descend aux genoux. Sa poitrine et sa taille sont marquées. Ses bottines lacées ajustées aux chevilles remontent jusqu'aux genoux.

Dans une revue britanique en 1911, il est apporté à l'attention des lectrices que :

the suit has an ingenious device which enables it to be converted into a conventional walking skirt. (the car, 4 octobre 1911).

La tenue a un ingénieux dispositif qui lui permet d'être convertie en une jupe de promenade conventionnelle.

Ce n'est pas sans rappeler nos cyclistes de la fin du XIXe siècle, d'ailleurs, Harriet Quimby a participé à la conception de sa tenue :

It may seem remarkable but when I began to fly I could not find a regular aviator's suit that would fit me in New York. Finally my tailor helped me design a suit that I hoped would establish a standard for the proper flying costume for women in this country.

Ça peut sembler incroyable mais quand j'ai commencé à voler, je n'ai pu trouver aucune tenue d'aviateur qui m'irait à New York. Finalement, mon tailleur m'a aidé à dessiner un costume qui, j'espère, créera un standard pour un costume de vol approprié pour les femmes de ce pays.

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Sur cette photographie, on distingue une rangée de boutons sur le devant de la jambe qui pourrait permettre la transformation de la culotte en jupe. On peut également voir les bottines lacées très ajustées que porte l'aviatrice.

La couleur décrite pour cette tenue est violette. Il ne semble pas que cette tenue soit faite pour se fondre dans la masse, Harriet Quimby ne cherchait visiblement pas à passer pour un homme dans un monde d'hommes.

Cependant, la tenue de Quimby, même si elle est probablement la plus célèbre de cette époque recèle des zones d'ombres. Concernant sa couleur, on ne possède que les indication laissés par les chroniqueurs de l'époque. La possibilité de transformer la culotte en jupe de promenade, n'a laissé aucune trace si ce n'est la précision dans la presse britannique, aucune photographie ni schéma ne semble permettre de déduire si c'était réellement le cas et quel dispositif était mis en œuvre pour le faire. En outre, il faut prendre garde, car on peut voir plusieurs reproductions (de qualité assez médiocre selon mon avis) dans différents musées de l'aviation, à ma connaissance, la tenue originale d'Harriet Quimby ne nous est pas parvenue.

Médiatisation et impact

Les photographies des pionnières de l'aviation, si elles nous renseignent sur leur manière de s'habiller, font partie d'une stratégie de construction de leur image et de leur célébrité. Certaines de ces photographies sont des publicités et sont destinées à la presse. La tenue, fait entièrement partie de cette construction.

Ceci est particulièrement flagrant lorsque l'on s'intéresse aux photographies d'Harriet Quimby.

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Sa couverture médiatique était importante. Par exemple, entre le 1er janvier 1911 et le 31 décembre 1912 (respectivement année de l'obtention de son brevet d'aviatrice et année de sa mort), la recherche « Harriet Quimby » sur le New York times renvoie 34 occurrences. Journaliste elle-même, Harriet Quimby écrivait des articles sur ses expériences de pilote dans différents magazines, dont, par exemple Leslie's Weekly, un magazine illustré (où elle tenait uen rubrique sur la mode) et Good Housekeeping qui, comme son nom le suggère, est un magazine féminin.

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Extrait d'un article du Leslie's Weekly rédigé par Harriet Quimby qui y relate son expérience.

Les événements liés à l’aviation, y compris les exploits des pionnières, touchaient ainsi une grande partie de la population bien que le vol en lui même n'était pratiqué que par une toute petite minorité.

En prenant en main leur image médiatique, en fournissant elles-même du contenu sous forme d'articles ou de photographies, elles ont pu avoir un impact non négligeable sur la population féminine de l'époque.

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Photographie dédicacée destinée à la presse, d'Harriet Quimby et Mathilde Moisant.

Tout comme les inventrices qui ont déposés les brevets des jupes convertibles, les aviatrices ont su s'approprier des vêtements typiquement masculin, les adapter et les transformer. Mais cette appropriation combinée à une véritable stratégie de communication n'a pas empêché certaines d'entre elles d'utiliser leur image féminine y compris dans la conception de leur tenue de vol. Plus que de repousser les frontières du féminin dans l'habillement, elles en ont créé de nouvelles.

A ce titre, ces pionnières de l'aviation ont leur place au sein mouvement de libération du corps des femmes entre les travailleuses et les sportives de la fin du 19e siècle et la première guerre mondiale.

A suivre : la conception de la culotte d'aviatrice.

lundi 23 juillet 2018

Tenue d'aviatrice : les nouvaux horizons de la féminité - Partie 2

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Après avoir fait un rapide tour d'horizon des tenues féminines liées aux activités physiques et sportives qui ont existé en ce début de XXe siècle, nous allons nous intéresser à l'aviation proprement dite.

L'aviation est une activité qui porte en elle les idées de danger, de vitesse, qui ne sont pas, à l'époque, du tout associé aux activités féminines.

Les principaux problèmes que l'activité pose en terme de tenue sont le froid, le vent, mais aussi la saleté, comme les projection d'huile ou la poussière. Les tenues d'aviations doivent donc à la fois permettre une certaine liberté de mouvements mais aussi avoir de bonnes capacités de protection.

Nous allons brièvement voir comment les hommes ont adapté leur tenue à ces problèmes. Nous détaillerons ensuite les tenues des aviatrices d'après leurs photographies.

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vendredi 13 juillet 2018

Tenue d'aviatrice : les nouvaux horizons de la féminité - Partie 1

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Proposition de reconstitution d'une tenue d'aviatrice vers 1910.

Une nouvelle fois, la compagnie Eutrapelia m'a fait l'honneur de me confier la réalisation de certaines pièces de costume pour leur nouveau spectacle : Antoinette.

La pièce de cet ensemble qui a demandé le plus de recherches a été la culotte d'aviatrice. Je vous propose de détailler ici ces recherches.

La tenue d'une pionnière de l'aviation est particulière dans le sens où, par définition, elle s'inscrit dans un contexte où rien n'est encore standardisé ni uniformisé. Et c'est précisément là que résident à la fois la difficulté et l'intérêt de ce type de recherche.

Pour réaliser ce costume, nous nous sommes basées sur les photographies des tenues des premières aviatrices jusqu'au début de la première guerre mondiale. Cette dernière représentant potentiellement une fracture dans la mode et les mentalités. Les textes et coupures de journaux nous ont également fourni des indications précieuses pour compléter notre approche.

J'ai également été amenée à élargir les recherches sur d'autres types de vêtements féminins liés à des activités marginales (sport, travail), dans le but d'étudier les aménagements spécifiques qui ont souvent été créés et inventés par les femmes elles-mêmes.

J'ai scindé ces recherches en plusieurs parties :

Nous nous intéresserons en premier lieu à ces vêtements spécifiques ou marginaux de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. Nous verrons comment les femmes ont adapté leurs tenues pour les nouvelles activités qui se développaient et comment elles ont composé avec une société peu ouverte à ces évolutions.

Nous étudierons ensuite les tenues spécifiques à l'aviation. En évoquant brièvement la manière dont les aviateurs se sont adapté aux contraintes que l'activité imposait et ensuite en étudiant le corpus de photographies d'aviatrices en tenue.

Nous insisterons dans un article sur l'impact et la place des pionnières de l'aviation dans les mouvement de libération du corps des femmes, en étudiant le cas d'Harriet Quimby.

Enfin, un dernier article sera consacré à la réalisation elle-même et aux choix que nous avons été amenées à faire.

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jeudi 22 février 2018

Les troubadours - Michel Zink

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Les troubadours, une histoire poétique, Michel Zink, 2013, collection « Pour l’histoire » aux éditions Perrin. Ce livre se veut une histoire poétique des troubadours. Il tente de rendre à leur poésie sa fraîcheur en la suivant dans ses méandres, en disant au fil des chansons et à propos de chacune  […]

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mercredi 2 août 2017

L'usage de décors brodés dans l'habillement - introduction.

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Nous avons vu quelques points de broderie de l'époque, des techniques appliquées à la broderie, les costumes des artisans et les outils.

La question de l'existence de la broderie n'est évidemment pas sujette à caution, il faut néanmoins s'intéresser aux usages de ces broderies : Par qui ? Pour quoi ? sont-elles utilisées. Est-ce que tous les décors brodés sont utilisés de la même manière ?

Ce premier article est une introduction aux différents usages des décors brodés au Moyen-âge dans l'habillement. J'ai écarté le mobilier (civil et liturgique) car la longueur de l'article me semblait déjà suffisante. En outre, je m'accorderai ainsi une pause pour me permettre de traiter ces usages de manière plus approfondie plus tard. Cet article était déjà en préparation depuis plusieurs années, le couper me permet d'enfin le publier sans pour autant en bâcler tout un pan.

Dans les articles à venir également, je vous présenterai quelques exemples de broderies (parfois terminées, parfois en cours) que nous réalisons dans le cadre de l'atelier de brodeurs. Nous évoquerons alors plus en détail les sources, les techniques et les matériaux.

Si l'atelier de brodeurs et les brodeurs eux-mêmes sont fixés dans une aire spatio-temporelle, les ouvrages proposés sont d'origine plus étendue. En effet, la variété des styles de broderies, des écoles, nous semblait aussi primordiale à évoquer pour illustrer la richesse de l'art de la broderie au Moyen-age et, à titre personnel, passionnant à découvrir et approfondir. Nous nous intéresserons donc aux broderies occidentales du XIIe au XIVe siècles !

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jeudi 13 avril 2017

Ça a un goût d'aligot

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Voici deux plats simples : un hachis d'herbes fraîches et une purée de lentilles. Ces plats sont adaptables et déclinables à l'envie en fonction des ingrédients disponibles. Tous les deux sont issus du traité italien du XIVe siècle : Il libro della cucina del secolo XIV, dont j'ai utilisé la version  […]

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lundi 20 mars 2017

Broderies médiévales : points utilisés

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Les points de broderies utilisés au milieu du moyen-âge sont assez simples et pour la plupart encore largement utilisés aujourd'hui. Si utiliser un point attesté à une période donnée n'est pas suffisant pour faire de la broderie historique (nous verrons ce point dans la conclusion), c'est un prérequis nécessaire.

Cet article a pour but de recenser les points les plus fréquemment utilisés d'après les artefacts qui nous sont parvenus. Pour une explication complète et technique sur les points de broderie en eux même, de nombreux ouvrages et sites internet proposent des explications claires et détaillées (Le site de Mary Corbet par exemple ou L'Encyclopédie de la broderie : Plus de quatre cents points de Mary Thomas et Jan Eaton, Ed. Fleurus).

Un grand merci à Laetitia Martini de l’association Fief et Chevalerie pour m'avoir permis d'utiliser certaines de ses photographies prises au musée de Sens.

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samedi 14 janvier 2017

Saya encordada - tunique espagnole XIIIe siècle

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saya-03.JPGDans le cadre d'une proposition de reconstitution d'un costume noble espagnol de la seconde moitié du XIIIe siècle, je vais vous présenter d'abord quelques pièces individuellement. Je réaliserai un article global sur l'ensemble du costume et des choix qui ont été faits ensuite.

La première pièce, très typique et spécifique à l'Espagne de cette période est la saya encordada ou tunique lacée. La saya est un vêtement intermédiaire (cotte, portée sur la chemise et sous le surcot ou le manteau) porté aussi bien par les hommes que par les femmes durant le XIIIe siècle.

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vendredi 6 janvier 2017

Bonne année 2017

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dimanche 1 janvier 2017

Le festin du troubadour - Lecture

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Le Festin du troubadour, Nourriture, société et littérature en Occitanie (110-1500) Wendy Pfeffer, La Louve éditions, 2016.

Ce livre nous propose de nous plonger dans l'alimentation médiévale du sud de la France (actuelle) au travers de la tradition littéraire mais surtout en croisant toutes les sources disponibles. On y croise tous les aspects de l'alimentation : les aliments bien sur, mais aussi la cuisine, les outils, les rituels sociaux et enfin la dimension poétique et symbolique de la nourriture.

Devant le constat que la spécificité de l'alimentation en occitanie n'a pas été étudiée, l'autrice définit elle-même son livre comme une introduction au sujet. Et en effet, à la lecture, beaucoup de parties ressemblent à un état de l'art critique.

En ce qui concerne le concept d’Occitanie au moyen-âge, le sujet est traité en début d'ouvrage : les sources sont concentrées sur les régions où l'on parle les langues d'oc à cette époque. Le sujet survole donc une grande région de la Savoie à la Gascogne, de Bordeaux à Nice, en passant par Montluçon et l'Auvergne. Si cette région peut paraître un peu artificielle (entre l'Aquitaine de Guillaume IX ou la papauté en Avignon), certains chapitres sont découpés par aires géographiques plus cohérentes et les localisations sont toujours précisées. On ne prétend pas faire de l’Occitanie une unité cohérente.

Enfin, l'autrice évoque avec humour le fait de travailler sur la gastronomie française lorsque l'on est américaine.

Tout ceci, donc, pour montrer à quel point ce vaste sujet est traité avec précautions.

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