jeudi 1 décembre 2016

English Medieval Embroidery - Opus Anglicanum - lecture

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Revue de lecture du catalogue de l'exposition Opus Anglicanum: Masterpieces of English Medieval Embroidery du Victoria & Albert Museum.

Plus qu'un catalogue d'exposition, un bel ouvrage de référence consacré à l'opus anglicanum !

En premier lieu j'ai vraiment apprécié que la question de la définition soit bien traitée. Au fil des années et des discussions sur la broderie médiévale, les idées un peu imprécises sur ce qu'est l'opus anglicanum m'ont toujours parues être un frein à une bonne compréhension. Bien que Kay Staniland en parle souvent dans son ouvrage sur les brodeurs[1] sa définition était survolée et peu satisfaisante. Comme je l'écrivais déjà en 2005 dans mon premier article sur la broderie, ce qui définit la broderie médiévale, ce n'est pas juste un point de broderie ou une technique. Un style ou une école de broderie est un ensemble comprenant points de broderies, matériaux, motifs et traités. Et non, l'opus anglicanum n'est pas juste de la broderie réalisée en Angleterre et toute broderie d'or n'est pas de l'opus anglicanum (j'aime bien le rappeler régulièrement !).

Je vous propose de résumer ici la définition donnée dans l'introduction de l'ouvrage :
Dans les inventaires, les comptes, la correspondance, le terme est utilisé pour désigner les textiles brodés. On a souvent pensé qu'il désignait les broderies de fils métalliques en couchure retirée. Mais cette technique était connue ailleurs, notamment en France.

Il s'agit probablement d'un terme permettant de décrire le style spécifique des broderies anglaises du XIIe siècle à la mi-XIVe siècle : la technique de broderie d'or en couchure retirée agrémentée de broderie de soie colorée (au point fendu), combinée à des motifs figuratifs et des décors aux bordures remplies d'animaux (on revient à ce que je rappelais plus haut : points de broderie, motifs, matériaux, traités).

Pour revenir sur l'origine anglaise de l'appellation (puisque ces techniques étaient connues ailleurs), elle indique également la réputation internationale des brodeurs anglais dans cet art et en particulier des brodeuses dont les noms sont parvenus jusqu'à nous (bien que l'on soit incapable de relier les pièces de broderies conservées aux noms des artisans). Partout en Europe (de la Scandinavie au Portugal), des inventaires font mention d'opus anglicanum. Cardinaux et papes en sont visiblement friands. Ces broderies circulaient, grâce à des marchands, notamment italiens, mais également à la faveur de cadeaux diplomatiques.

Voici un bref sommaire du catalogue :

  1. The making of medieval embroidery : chapitre consacré à la technique (matériaux et techniques de broderie).
  2. Embroidered textiles in the service of the church : différents types de vêtements ecclésiastiques et le rapport entre l'imagerie et leur fonction.
  3. Embroideres and the embroidery trade : les brodeurs, le métier et les rapports avec les commerçants.
  4. Opus anglicanum and its medieval patrons : le commerce international.
  5. The artistic context of opus anglicanum : le rapport entre le style pictural des broderies et l'art gothique anglais.
  6. Ecclesiastical embroidery in england from 1350 to the Reformation : la fin de l'opus anglicanum. La broderie anglaise se diversifie techniquement et stylistiquement.
  7. England and central Europe : les échanges entre l’Angleterre et le continent, en particulier les territoires germaniques après 1350.

Et enfin la partie catalogue à proprement parler, avec les pièces exposées et leur notice (je ne peux pas vous dire si cette partie est exhaustive ou non par rapport à l'exposition). En plus des pièces de broderies, il y a quelques objets ou enluminures qui sont présentés pour remettre le style figuratif dans le contexte artistique de l'époque.

En ce qui concerne l'ouvrage en général.

02.JPG De belles photographies.

C'est un beau livre de belle facture (pour le prix, on en attend pas moins !).

Les photos des pièces sont belles même si pour certaines, on aimerait avoir quelques gros plans. Je pense notamment à deux pièces du XIIe siècle où on ne peut même pas distinguer proprement le motif. Mais c'est toujours le problème des catalogues d'exposition lorsque l'on a des attentes très pointues sur un sujet, on finit toujours par avoir une petite frustration.

01.JPG Cette bande aurait probablement mérité une meilleure photo.

La bonne nouvelle ? C'est que le V&A est un musée formidable qui a un site très accessible. On peut donc y trouver des photos plus intéressantes, zoomables, des pièces conservées au V&A (ce n'est pas le cas de toutes celles de l'exposition).

La partie technique des notices des pièces est parfois limite par rapport à mes attentes, même si elles sont (fort heureusement pour un catalogue consacré à un art textile !) plus détaillée que bien souvent dans les descriptions textiles. On y trouve les matières des fils et les types (matière et armure) des différentes épaisseurs de tissu mais ni la qualité des fils, ni les teintures ne sont précisées. Les différents points de broderies utilisés sont, bien entendu, donnés. Et dans la notice, on trouve des détails instructifs qui relient les différentes techniques aux parties du motif. Ces détails sont passionnants pour étudier précisément la manière dont les motifs sont traités d'un point de vue lumière, texture ou relief. Mais également l'évolution dans les temps de ces traitements.

03.JPG Quelques photographies de broderies endroit et envers. Rare et intéressant techniquement.

La séparation en deux parties : une pour les articles, une pour le catalogue est très agréable. On n'a pas l'impression que les photos ou les pièces du catalogue ont été survolées pour laisser place à l'analyse (comme par exemple pour l’impressionnisme et la mode), mais il y a du contenu intéressant à lire en plus des notices.

En ce qui concerne le contenu des articles. C'est une excellente synthèse des connaissances, très circonstanciée. J'ai vraiment apprécié sa lecture. Et comme je me documente sur la broderie médiévale et les brodeurs au Moyen-âge depuis de nombreuses années (depuis que j'ai commencé la reconstitution, en fait), je suis assez exigeante sur la question.

En conclusion

A titre personnel, La lecture des articles m'a passionnée. Les aspects techniques sont placés dans le contexte de production. Ce qui rejoint le travail que j'essaie de réaliser autour de l'atelier de brodeurs que je présente en reconstitution, j'y trouve forcément une source d'inspiration supplémentaire et surtout le sentiment que je dois continuer et persévérer dans cette voie.

Le feuilletage m'a fait pousser des cris tout au long des 300 pages du livres, juste pour la beauté de l'art.

Enfin, les détails présentés vont réellement me permettre d'améliorer ma propre technique. Je travaille sur la broderie d'or (dans le cadre de l'atelier de brodeurs) depuis des années mais ce livre me permet réellement d'affiner mes connaissances et les nombreuses choses que j'ai encore à travailler.

Pour finir, je précise que vous n'apprendrez pas la broderie avec cet ouvrage, par contre vous pourrez, tout comme moi, y trouver des pistes d'inspiration. En outre, le catalogue s'appelleEnglish Medieval Embroidery (alors que l'exposition s'appelle Opus Anglicanum: Masterpieces of English Medieval Embroidery) mais il ne traite pas de la broderie médiévale dans son ensemble. Ni même de toute la broderie d'or médiévale.

C'est un beau livre, qui vous intéressera si vous êtes amateur de ce genre d'ouvrage d'art. Vous apprendrez probablement des choses en lisant les articles en première partie. Bref, il y a à voir et à manger dans ce livre. Si vous êtes passionnés de broderie médiévale (quelle idée !), c'est probablement un must-have !

Note

[1] Staniland, Kay, Les brodeurs, Brepols, 1992

mardi 24 mai 2016

Coiffes féminines au XIIe siècle : les formes.

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Je vous propose un petit tour d'horizon sur les coiffes au XIIe siècle. Dans ce premier article, nous allons étudier les représentation de coiffes pour en dégager les formes générales ainsi que les fréquences de représentation.

La coiffure ainsi que la coiffe font partie intégrante d'un costume aussi bien masculin que féminin. En effet, la mode ainsi que les usages sociaux concernent aussi bien la manière de coiffer ses cheveux que les accessoires que l'on peut y ajouter. La coiffe peut être une protection, une contrainte sociale et/ou religieuse, un accessoire de mode.

J'ai étudié un corpus de 2500 représentations (enluminures, statuaires, émaux) pour relever les différents type de coiffes sur les personnages féminins.

J'ai commencé par réaliser une typologie simple pour les différentes coiffes observées. Je n'ai pas essayé de différentier à tous prix les modèles de coiffe sur le moindre petit détail mais plutôt de créer de grandes familles dans le but de proposer des tutoriels sur la manière de les réaliser.

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samedi 2 avril 2016

Broderie d'une pièce d'estomac 1880

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Pour leur spectacle Les théosophes colporteurs (Le C.R.O.U.T.O.N) j'ai réalisé pour Eutrapelia une seconde pièce d'estomac brodée pour le costume féminin 1880.

Voici le costume que j'avais réalisé pour ce spectacle : SIB_8533-1C-ret.jpg (D.R. Eutrapelia Spectacles Historiques)

Vous pouvez aller voir le teaser de leur spectacle sur youtube

Je vous propose de vous montrer les étapes de création de la broderie. De la naissance du projet à sa réalisation.

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jeudi 3 mars 2016

Un costume de bourgeois 1630 - 1640

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Ce costume est une proposition de reconstitution de l'habit bourgeois à la fin du règne de Louis XIII. Le costume dans son ensemble est le fruit d'un croisement entre une série de gravures (les gravures d'Abraham Bosse[1] qui a réalisé une série sur la mode) et de vêtements d'époque (pour le relevé des patrons et les techniques de construction).

La tenue est composée d'une chemise en toile de lin blanc, un pourpoint et des haut-de-chausses en drap de laine gris, un manteau en serge de laine noire, des bas en maille de soie, un collet, des manchettes et des canons en toile de lin blanc, des bottes et un chapeau.

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Le costume est peu (voire pas) décoré. En effet, la fin du règne de Louis XIII est marquée par un certain nombre d'édits visant à limiter les excès de la mode. Ainsi, broderies, passementeries et dentelles furent interdits à plusieurs reprises. Il est vraisemblable, étant donné que ces ordonnances étaient répétées régulièrement (1620, 1629, 1633) qu'elles n'étaient guère respectées. Certaines gravures nous montrent ainsi des courtisans arborant des dentelles et des passementeries dans ces mêmes périodes. L'ordonnance du 18 novembre 1633, qui défendait aux sujets de porter sur leur chemise, colets, manchettes, coiffe et sur autre linge aucune découpure et broderie de fil d'or et d'argent, passements, dentelles, points coupés, manufacturés, tant de dedans que dehors le royaume nous a inspiré dans l'élaboration de ce costume.

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lundi 4 janvier 2016

De la suspension des chausses masculines (XIIe-XVIIe)

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(...) lors commencza le monde de attacher les chausses au pourpoint. Et non le pourpoint aux chausses, car c’est chose contre nature (...).

Gargantua ; François Rabelais ; 1535.

Les chausses sont le vêtement qui couvre les jambes. D'abord séparées, en suivant l'évolution de la mode, elles seront de plus en plus hautes et couvrantes et elles finiront par être jointes et couvrir l'entre-jambe pour se transformer finalement en culotte au XVIIe siècle. Elles tiennent par suspension en les attachant grâce à des aiguillettes à un autre vêtement.

Je vous propose une petite rétrospective sur l'évolution des systèmes de suspension.

Dans le but de simplifier cet article, je ne vais m'attarder que sur la description des différents systèmes d'attaches des chausses. Il faut garder en mémoire que toute la population n'a pas abandonné d'un coup un système au profit d'un autre. Lorsque l'on parle de l'adoption du doublet au XIVe siècle et de l'impact qu'il aura sur la fixation des chausses, sa diffusion dans l'ensemble de la société prendra près d'un siècle ... plusieurs modes peuvent cohabiter sur une même période il en va de même pour la suspension des chausses.

Ainsi, je n'ai pas tenté de réaliser une chronologie précise de l'apparition ni de l'abandon de chaque système mais de les décrire pour donner les clés d'interprétation, de sorte que, devant une représentation, vous soyez capable de déterminer facilement par quel(s) moyen(s) les chausses peuvent être tenues.

Enfin, bien que la manière d'attacher les chausses ne puisse pas être considérée indépendamment de leur forme, nous n'allons pas approfondir l'évolution de celle-ci.

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samedi 12 décembre 2015

Boutons brodés sur âme en bois

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Pour le costume de bourgeois 1630, j'ai réalisé une grande série de boutons brodés qui ornent le pourpoint.

Il existe de nombreux type de boutons ''textile'' pour cette période. De la simple boule de tissu aux boutons richement brodés d'or, le bouton va faire partie des éléments qui caractérisent socialement un vêtement.

buttons-v-a.jpg Sur ce détail d'un doublet 1630, on voit sur les boutons abîmés que les boutons sont en bois rebrodés. Le motif de ces boutons, en chevrons, est cependant plus complexe que celui que je présente ici.
Doublet et chausses, 1625-1630, Victoria and Albert Museum.

Les boutons que j'ai réalisé pour ce costume sont simple d'un point de vue décoratif mais également d'un point de vue technique. Voyons les explications pas à pas ...

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samedi 24 octobre 2015

Nouer une tresse

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En attendant de nouveaux tutoriel de coiffes (XIIe siècle à venir) voici une petite astuce qui peut servir pour la suite.

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mardi 18 août 2015

Pâtés aux herbes fraîches

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Petit billet hors challenges du HFF (Je vais peut être songer à revoir le nom de la catégorie) pour montrer la fabrications de petits pâtés aux herbes sur un camp médiéval. Cette recette a été réalisée avec nos amis de la Jesus running team (à savoir Amandine et Romain) lors du rassemblement l’Épée et le bourdon 2015. Le jour où nous avions décidé de les cuisiner était un jour fort pluvieux, les conditions étaient quelque peu difficiles ...

L'idée de départ était de réaliser des petits pâtés en croûte avec des produits simples et de saison.

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lundi 27 avril 2015

Nouer sa guimpe.

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10.JPG Après un petit tour d'horizon des sources, voici une routine simple pour mettre la guimpe nouée en place.

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mercredi 15 avril 2015

Une coiffe XIIe et XIIIe : la guimpe nouée.

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La guimpe (ginple, gimple) nouée (ou touaille -toelle-) est une coiffe drapée et entortillée plusieurs fois autour de la tête qui passe sous le menton. Elle est réalisée dans une grande bande de tissu fin. Elle était utilisée par les paysannes et les servantes pour les travaux physiques mais également pour les voyages. On l'observe sur les sources du troisième quart du XIIe siècle au premier quart XIVe.

Si la guimpe désigne, au cours de la période médiévale y compris au XIIIe siècle différents types de coiffes, nous allons nous intéresser à un seul type d'entre elles : la guimpe liée ou nouée.

Cette coiffe est représentée sur des personnages de la fin du XIIe siècle (bible de Manerius) à la mi-XIIIe (vitraux de la cathédrale de Chartres et bible de Maciejowski).

Dans cette première partie, j'évoquerai la coiffe dans les sources, dans une seconde partie, je présenterai ma routine simple qui permet de draper cette coiffe facilement même sans miroir.

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