Crédit photo : Yann Kervran.
Le brodeur rentre chez lui, ramenant quelques beaux écheveaux de laine colorée pour la broderie et dans sa toile, bien protégé, un coupon de fine laine bleue.

La cotte est une reproduction de la tunique de Moselund. La tunique dite de Moselund a été retrouvée près de Viborg sur un homme. Elle a été datée au C14 entre 1050 et 1155. C'est une tunique en sergé 2/1 de laine brune. Elle est fendue devant et derrière pour faciliter la monte à cheval.[1]

La particularité de cette tunique est la modernité de sa coupe. En effet, on considère généralement que la coupe n'est pas encore une discipline à cette époque pourtant cette cotte présente des emmanchures arrondies et une couture d'assemblage des manches sur l'arrière d'une étonnante modernité. En effet, on peut rapprocher cette coupe particulière des grandes assiettes qui feront leur apparition au cours du XIVe siècle mais aussi de la manche de Bussy St Martin (datée XIIe ou XIIIe siècle). La grande différence avec les coupes arrondies plus tardives c'est que dans le cas de la tunique Moselund, les manches présentent un arrondi alors que le buste, lui reste coupé de façon plus géométrique.

La cotte est réalisé en sergé de laine bleue. Les coutures et assemblages sont les mêmes que ceux utilisés pour la reconstitution de la tunique de Kragelund.

Elle n'est pas fendue mais les triangles devant, derrière et de chaque côté lui assure une grande ampleur, qui permet de monter à cheval sans gène.

Crédit photo : Yann Kervran.
A son aise dans sa cotte amble, il peut à loisir apprécier une poire bien mûre tout juste cueillie.

Le chapeau à bord enroulé est en feutre rouge vif.

Les triangles des côtés partent des épaules sur l'arrière de la cotte et de dessous les aisselles. Ceci offre un grand confort au niveau des épaules.

Crédit photo : Yann Kervran.
Penché sur son ouvrage, il profite de l'aisance apportée par le triangle du dos qui démarre à l'épaule et sur le côté sous sous aisselle.

Les godets de devant et derrière sont plissés sur leur pointe.

L'encolure est ornée d'une large applique de laine brodée aux fils de laine. Les points utilisés sont le point fendu, le point de chainette et le point de boulogne. La forme de l'applique de broderie est tirée des décorations visibles sur la Bible de Manerius (Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 0009) :


Paris, Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 0009 274v

L'amigaut (fente verticale de l'encolure) est maintenu par un fermail annulaire en cuivre. Des fausses lettres ornent le fermail. On a retrouvé (fouilles de Londres) des fermaux, datés des XIIe et XIIIe siècles présentant de telles inscriptions incompréhensibles. Il s'agit probablement d'imitations (réalisée par et/ou à destination d'illettrés) inspirées des pièces plus ouvragées, souvent en argent, en or ou en cuivre doré où l'on retrouve de véritables inscriptions.[2]

Crédit photo : Yann Kervran.
Broderies : Callixte
L'encolure est ornée d'une large bande brodée de motifs géométriques.

De fins galons de laine blanche ont été tissés à même la bordure de l'encolure et des poignets en lieu et place d'un ourlet.

La ceinture est en laine, tissée aux cartons selon la technique du double-face qui permet de réaliser une grande variété de motifs : ici, des lions, des fleurs de lys et des motifs à 4 losanges.

Crédit photo : Yann Kervran.
La ceinture tissée est fermée grâce à une boucle en laiton. On peut voir également les trois plis cousus comme sur la tunique de Moselund.

Crédit photo : Yann Kervran.
Détail des motifs de la ceinture.

Notes

[1] Else Ostergard, Woven into the earth, Aarhus University Press.

[2] G. Egan, F. Pritchard, Dress Accessories, Boydel Press, p. 248-249.