Une capuche, simple élément d'un autre vêtement.

Le mot chaperon vient du bas latin cappa, capuchon.

Le mot chaperon apparaît au cours du 12e siècle (vers 1130 dans le Couronnement de Louis)[1] Il désigne la partie de la chape qui se porte sur la tête (la capuche). A l'origine, le terme ne sert donc qu'à désigner une partie d'un vêtement.

Dans Li proverbes au vilain (1170-1185), recueil de proverbes en langue vernaculaire destiné à l'éducation de l'élite, plusieurs proverbes associent chape et chaperon comme faisant partie d'un ensemble indissociable : Qui a faite la chape il doit faire lou chaperon. ; Mal fait la chape qui ne fait le chaperon.. Au début du XIIIe siècles, des textes littéraires (Robert le Diable, 1200, ...cote a caperon, Qui li va outre l'esperon) associent également cotte et chaperon, suggérant ainsi une capuche attachée (cousue) à la cotte, ceci est confirmé par de nombreuses représentations de l'époque où apparaissent les cottes à capuches et autres garde-corps (fig. 3). Le vocabulaire de l'époque utilise également des variations sur ce mot pour désigner des actions : enchaperoné qui désigne le fait de se couvrir la tête afin de dissimuler son visage.

Le fait que le chaperon ne désigne jusqu'au début du XIIIe siècle qu'une partie d'un autre vêtement nous empêche d'utiliser sa mention dans les textes pour dater son apparition en tant que vêtement à part entière. Pour cela, nous devons chercher dans les représentations.

Le chaperon comme vêtement utilitaire aux formes simples (XIIe – XIIIe siècle)

Le chaperon tel qu'on le connaît : capuche, séparée à guléron[2] court, n’apparaît dans les représentations du costume qu'à la toute fin du XIIe siècle. Néanmoins il est encore difficile à cette période de le différentier clairement d'une chape courte, le guléron descend encore bas sous les épaules (fig.1).

fig1.jpg Figure 1 : Travaux des mois : novembre. Psautier de Fécamp, La Hagues, KB, 76F13, fol. 11v.
Sur cette enluminure, comme sur d'autres du même manuscrit, certains paysans portent un vêtement à capuche dont la forme n'est pas clairement définie entre la chape et le chaperon (Des chapes clairement identifiées sont également représentées sur le même manuscrit). Si l'on effectue une comparaison, ces vêtements présentent un guléron long qui descend jusqu'à mi bras alors que ceux représentés au XIIIe siècle, ne dépassent pas des épaules, on peut donc s'interroger sur une possible une parenté entre ces vêtements. Est-ce que la pélerine de la chape se réduit progressivement pour donner naissance au chaperon ? Ou est-ce que le chaperon apparaît en détachant la capuche de l'habit ? On le voit, l'interprétation de ces premières représentations reste délicate.

Dans les premiers temps (fin XIIe à première moitié XIIIe siècle), ce vêtement est exclusivement porté par des travailleurs : paysans, ouvriers, tous du sexe masculin. La première représentation de femme portant un chaperon date de la mi-XIIIe dans la bible de Maciejowski (Pierpont Morgan Library). Il s'agit de deux femmes travaillant aux champs (fig. 2).

fig2.jpg Figure 2 : Femmes aux champs. Pierpont Morgan Library, New York, Ms M. 638 ; Bible de Maciejowski, fol. 17V ; vers 1250.
Deux femmes ramassant des gerbes de blé. Les deux portent le chaperon par dessus leur coiffe, une résille pour l'une (Ruth) et une guimpe ou un simple couvre-chef pour l'autre. Le chaperon rouge présente une légère cornette. Elle peut n'être encore que la pointe de la têtière et non une cornette ajoutée. Sur cette même bible, de nombreux chaperons sont représentés sur les hommes, tous travailleurs (bergers, paysans).

Les formes observées de ce chaperon utilitaire sont très simple. Le guléron est très court, parfois fendu et/ou boutonné sur l'avant. D'après la classification de Else Østergård[3], ce type de chaperon (type II) à guléron court présente des goussets insérés sur les côtés, goussets dont la hauteur est comprise entre 8 et 15cm. Le guléron ne couvrait pas totalement les épaules, ou du moins n'en dépassait pas, ceci rejoint l'observation des représentations (fig. 3 et 4).

La têtière est de forme simple, probablement carrée et la visagière est suffisamment large pour porter le chaperon sur une coiffe ou un bonnet. Leur principale caractéristique est qu'ils ne présentent pas de cornette, et c'est là, d'après Harmand[4], l'origine du mot : Il y eut encore des chaperons qui ne possédaient pour toute cornette que la pointe de leurs capuchons. Les premiers chaperons du douzième siècle avaient été de cette sorte. Lorsqu'ils étaient enformés, la pointe du capuchon prenait l'aspect d'une petite corne, d'où le nom de cornette donnée à cette pointe qui fut l'origine de toutes les cornettes de chaperons.

Vers le milieu du XIIIe siècle, le port du chaperon se répand lentement dans toutes les couches de la société. Il devient un vêtement acceptable pour les voyages.

fig3.jpg Figure 3 : La Vie d’Edouard le confesseur, Matthieu de Paris. 1245-1260 ; Cambridge University Library ; MS Ee.3.59 ; fol. 4v.
La reine Emma et ses enfants est reçue par Richard, duc de Normandie.
Sur cette image, on voit le duc de Normandie qui porte un chaperon dont le guléron est très court, fendu devant et fermé par un bouton. Il ne semble pas y avoir de cornette. La reine, elle, porte un garde-corps aux manches longues et larges et capuche intégrée. Ce vêtement est observé de manière plus fréquente que le chaperon à cette époque pour la noblesse et en particulier pour les femmes.

fig4.jpg Figure 4 : Images de la vie du Christ et des saints. Nouvelle acquisition latine 16251. Fol. 69v. St Mathieu.
Sur cette enluminure pleine page, on voit St Mathieu, représenté en collecteur d'impôts, portant un chaperon. Celui-ci est toujours à guléron très court, ouvert sur le devant et fermé par une série de boutons.

Le chaperon entre dans la mode : extravagances et splendeurs (1280 - 1430)

A la fin du XIIIe siècle, le changement s'accélère. Une nouvelle mode apparaît chez la noblesse masculine : porter son chaperon posé sur la tête par la visagière, le guléron roulé en boudin autour du crane. Cette mode va durer jusqu'au milieu du XVe siècle et sera un marqueur social fort dans les représentations. On trouve également des chaperons doublés de vair.

fig5.jpg Figure 5 : Codex Manesse ; Große Heidelberger Liederhandschrift ; Cod. Pal. Germ. 848 ; Zurick, 1300-1340 ; fol. 13r ; Othon IV de Brandeburg.
Sur ce portrait du codex Manesse, on voit un chaperon doublé de vair porté comme un bonnet par le prince. Les musiciens en bas de la scène, portent, quant à eux, des chaperons simples dont on devine que la cornette s'est rallongée depuis le milieu du XIIIe siècle.

Le chaperon devient un vêtement que l'on adapte à son statut, que l'on utilise comme marqueur social. Il fait son entrée dans le vestiaire à la mode (fig 10). Mais c'est aux alentours de 1340 que le chaperon fait sa grande révolution. A cette période, où la mode change radicalement, tant dans la coupe des vêtements, que dans leurs matières et leurs couleurs mais aussi dans la superposition et la composition de la garde-robe, le chaperon est désormais un véritable accessoire de mode et toutes les extravagances sont de mise !

C'est chez les jeunes gens à la dernière mode (portant cottehardies, jacques, pourpoints …) qu'il faut chercher la nouveauté. Le roman d'Alexandre, nous montre des chaperons portés dans des situations variées : lors de voyage, parties de chasses, jeux, scènes courtoises (fig. 6). Les formes, les couleurs, les décorations montrent une variété impressionnante : chaperons bicolores ou rayés. La cornette s'allonge progressivement. Des broderies décorent le guléron qui descend jusqu'aux coudes et présente des découpes en lambrequin. Le chaperon se fait parure et ses extravagances attirent le regard.

fig6.jpg Figure 6 : Guillaume de Machaut, Oeuvres ; Paris, vers 1350-1355 ; BNF fr. 1586, fol. 28v.
Sur cette scène courtoise, on remarque que tous les personnages masculins portent le chaperon. Le personnage couronné porte un chaperon de forme simple dont le bord est rehaussé par un galon (ou du moins une décoration contrastante). Les 3 autres personnages, des amants, portent des chaperons à découpes en lambrequins sur le bas du guléron mais aussi autour de la visagière. Les bords sont également ornés de bandes décorées. La différence de forme entre le personnage couronné et les autres est notable car cette mode, des bords déchiquetés (qui s'étendra également aux manches des houppelandes plus tard), adoptée par la jeunesse aristocratique est une forme de transgression[5]).

Les chaperons à guléron très long de cette période correspondent au type I définit par Else Østergård : chaperons très couvrants avec un gousset ajouté à l'avant et/ou à l'arrière. La forme de la têtière reste assez simple mais ne semble pas figée : une base carrée dont les côtés sont parfois arrondis. La cornette s'allonge petit à petit. Cependant vers 1340, tous les chaperons ne présentent pas de cornettes excessivement longues, elles varient de 40 à 80cm. Elle est coupée séparément de la têtière et cousue directement dessus. Parfois la têtière présente un départ de cornette intégré (de quelques centimètres) rallongé d'une pièce. Au XIVe siècle, les femmes à la mode portent également le chaperon. En situation de voyage ou de chasse, les femmes noble sont représentées avec un chaperon fermé identique à celui des hommes (fig. 7).

fig7.jpg Figure 7 : Départ pour la chasse, tablette à écrire, ivoire, milieu du XIVe siècle. Musée du Louvres. RMN.
Sur cette tablette, une femme à cheval tenant un faucon porte un chaperon guléron long et fermé. Celui-ci présente également une large décoration (broderies, galon ...) tout le long de la bordure inférieure. Il est semblable aux modèles également observés sur les hommes. Il est probable que dans certaines situations, la mode s'efface et que le port du chaperon conserve l'aspect utilitaire de ses débuts.

Mais, toujours vers 1330, on voit apparaître un type de chaperon présentant une ouverture sur l'avant du guléron fermée par une série de boutons (fig. 8).

fig8.jpg Figure 8 : Boccace, Le Décaméron, Flandres, 1432 ; Paris, BnF, Arsenal, ms. 5070 fol. 215v.
Sur cette scène de repas les deux hommes portent leur chaperon en bonnet. Celui de la femme est à boutons, les bords de la visagière sont écartés du visage et forment des oreillettes caractéristiques du chaperon féminin du XVe siècle. Le guléron s'adapte parfaitement à la ligne d'épaules du personnage soulignant la silhouette gracieuse formée par sa robe. Pour permettre au chaperon de bien tenir en place, il est possible d'épingler le guléron sur la robe.

Petit à petit, le guléron des chaperons féminin va s'atrophier au niveau de l'ouverture de devant jusqu'à ne plus pouvoir être fermé. Les oreillettes s'élargissent et sont de plus en plus mises en valeur. C'est le modèle qu'Adrien Harmand décrit dans son ouvrage sur le costume de Jeanne d'Arc. Il est largement représenté durant la première moitié du XVe siècle. Les cornettes atteignent des longueurs démesurées pouvant descendre jusqu'à mi-mollets. Ce chaperon semble semble avoir perdu sa fonction première qui est de se protéger du froid. Les deux formes (boutonné et à guléron atrophié) vont coexister toute cette période.

Les classes laborieuses, hommes et femmes, continuent à porter des chaperons à vocation utilitaire, comme on peut l'observer dans les miniatures des marges du psautier de Luttrel. Les pièces archéologiques datées du XIVe et du XVe siècle (Fouilles du Groenland, homme de Bocksten) nous révèlent ces formes simples et pratiques. Certains (notamment ceux dont le guléron couvre largement les épaules) conservent une coupe assez frustre.

fig9.jpg Figure 9 : Fouilles du Groenland ; Herjolfsnes n°77 ; Musée National du Danemark, Copenhague ; 1390-1490 (datation par radiocarbone).
Ce chaperon, classé dans le type II (à guléron court) montre la simplicité des coupes portées par les classes laborieuses à la fin du XIVe siècle et du XVe siècle. La forme de la têtière est à peine arrondie. Le haut de la visagière est légèrement évasé semblant former une petite corne qui permet probablement de la retrousser autour du visage. Les goussets des côtés mesurent 11cm de haut, ce chaperon ne couvrait donc probablement pas entièrement les épaules. La cornette est manquante.

Dès 1410, les représentations de chaperons enfilés normalement (en capuche) ne concernent plus que les paysans, serviteurs.

fig10.jpg Figure 10 : Responses aux questions du roy Charles VI, Pierre le Fruitier dit Salmon, Paris, 1409, fol 19 ; BNF, ms. fr. 23279.
Sur cette enluminure, on distingue deux chaperons. L'un porté en bonnet par le roi, le second chaperon est enfilé normalement par un de ses familier. A partir de cette époque, le port normal du chaperon dans les représentations est systématiquement un signe de basse condition sociale. Le chaperon n'est plus en lui même un vêtement de mode acceptable, c'est la manière de le porter qui est devenue un marqueur social.

Dans la seconde moitié du XVe siècle, le chaperon est de moins en mois représenté. Il semble tomber progressivement en désuétude, particulièrement chez la noblesse ou la jeunesse aristocratique. S'il a été un vêtement utilitaire pendant trois siècles, sa gloire n'aura duré qu'une centaine d'années.

Néanmoins le chaperon trouvera un nouvel écho dans la culture populaire quelques siècles plus tard grâce au conte bien connu : le petit chaperon rouge, et avec lui, débuteront les errances de représentation et d'interprétation quant à la forme de ce vêtement. Mais ceci est une autre histoire ...

Notes

[1] Goddard, Eunice ; Women's costume in french texts of the eleventh and twelfth centuries ; the Johns Hopkins press, 1927.

[2] voir pour le vocabulaire, mon article : Les mots du chaperon.

[3] Else Østergård, Woven into the Earth ; Aarthus university press, 2004.

[4] Harmand, Adrien ; Jeanne d'Arc, son costume, son armure

[5] Blanc, Odile ; Parades et parures, l'invention du corps de mode à la fin du Moyen-âge ; Gallimard, 1997.