Les points de couchure au moyen-âge

Les points de couchures sont une famille de points de broderie, très utilisés dès le moyen-âge. Il en existe plusieurs types qui ne se travaillent pas tous exactement de la même façon et s'intègrent à différentes techniques et différents styles de broderie de l'époque.

Dans cet article, je vous propose de découvrir ces différents points à travers des exemples de broderies médiévales.

Le principe de la couchure est de broder de grands points lancés (fils couchés) et de les fixer par de petits points : les points de couchures (que Saint-Aubin nommera points rachés[1] dans son ouvrage sur la broderie).

Point de Boulogne

Le point de Boulogne est le point de base d'un grand nombre de points de couchure. Il a été utilisé aussi bien pour réaliser des coutures décoratives et des ourlets[2] que des motifs de broderies linéaires ou des broderies de remplissage. Il est également très utilisé en broderie d'or.

Ici le point de Boulogne est travaillé de manière linéaire pour réaliser les tiges du décors végétal : Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Aumônière trapézoïdale hybrides musiciens, Paris, 1330-1350. Détail.

Ici, le fond est couvert de couchure de fil d'or et le point de boulogne est réalisé au fil de soie coloré pour dessiner le contour des fleurs polychromes qui constituent le décors : Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Fragment d'orfrois à décors végétal. Anciens Pays-Bas, XVe ou XVIe siècle.

Appliqué

L'appliqué est une technique qui consiste à découper la forme décorative voulue dans un tissu contrasté et à le coudre au moyen d'un point décoratif (ou non) sur le tissu de fond. On peut utiliser le point de Boulogne comme point décoratif. Technique utilisée pour sa rapidité, on la retrouve sur des remplois de broderies, aussi bien sur des aumônières, des bannières et étendards :

Photographie : Laetitia Martini.
Musée de Sens, broderie (probablement XIVe siècle) : on remarque un point de Boulogne prenant plusieurs fils qui suit le bord de la pièce appliquée.

Cette technique est également utilisée pour créer des tapisseries figuratives : Tapisserie, allemagne, 1370-1400. Victoria & Albert museum.

Broderie de remplissage au fil d'or

Le point de Boulogne a été utilisé pour le remplissage au fil d'or. Selon la manière d'agencer les points de couchures (ou points rachés), on obtient des motifs et des textures différentes. Les broderies médiévales nous offrent de ce point de vue, une grande variété. Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Fragment de vêtement liturgique ou de devant d'autel, basse-saxe, vers 1210-1230.

Mais avant de faire un tour de ces textures, je vous propose de nous intéresser en premier à un détail intéressant.

En effet, dans ce type de broderie, il est d'usage d'utiliser 2 fils d'or travaillés ensemble, de les travailler en lignes horizontales parallèles et continues pour remplir la zone. Ainsi, à chaque fois que l'on atteint le bord de la zone, il faut faire faire un demi-tours aux fils d'or. Il existe différentes techniques pour réaliser ces demi-tours. Je vous propose à travers cet exemple d'observer la technique utilisée au moyen-âge. Lorsque l'on observe ces broderies de près, on se rend compte que les bouts des lignes ne sont fixées que par un point de couchure et qu'il ne semble pas y avoir de soin particulier pour éviter que les 2 fils d'or se croisent sur le demi-tour[3] : Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Fragment de chasuble brodée, Pays germaniques, 2eme moitié du XIIe siècle.

Couchure en brique

Le motif en brique est très fréquent dans la broderie médiévale, que se soit avec le point de Boulogne, en couchure retirée (voir plus bas) ou dans l'opus teutonicum. Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Orfrois. Gérone, XIVe siècle.'

Couchure en chevrons

Un des motif fréquemment utilisé est le chevron. On le voit sur ces différents exemples, le fil de couchure (celui qui fixe le fil d'or) peut être d'une couleur approchant l'or et on devine alors une texture qui va se révéler avec les jeux de lumières et de reflets : Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Parure d'aube : scènes de martyres. Angleterre vers 1340-1360

Mais il peut également être de couleur contrastée (le rouge étant la couleur la plus commune sur l'or) de sorte à créer un motif qui se lit directement en couleurs : Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Médaillon, détail. Cycle brodé de la légende de saint Martin, cours de René d'Anjou, vers 1430.

On trouvé néanmoins des exemples où ces couchures de remplissage sont réalisées avec d'autres fils que du fil d'or, le sol de cette aumônière est brodé avec une couchure en chevrons brodée au fil de soie : Photographie Laetitia Martini - Fief et chevalerie. Aumônière, XIVe siècle, France, Musée de Sens

Couchure en diamant

Les motifs en losanges, ou en variations de losanges, dits diamant en textile sont également très fréquents dans les couchures au fil d'or. Également travaillés de différentes manières : avec des fils de même couleur ou contrastés.

Ici, nous retrouvons le fil rouge et un remplissage du losange qui fait de l'or, non plus la couleur dominante mais un fond du motif : Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Scènes de vies du bienheureux Pierre Igné, des saints Jean Gualbert, verdiane et Humilité, Florence, milieu du XVe siècle.

Ici les points de couchure, même s'ils dessinent un losange forment un motif plus élaboré : Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Parure d'aube : scènes de martyres. Angleterre vers 1340-1360

Enfin, sur cette vue de côté, on peut remarquer que selon l'agencement des points réalisés, on peut créer un relief. Dans ce cas, la ligne de points de couchure ne dessine pas un losange. Celui-ci est rempli de points de couchure et ce sont les flottés de fils d'or qui le font apparaître en relief : Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Saint Jean-Baptiste, France vers 1410.

Bâtons rompus

Autre motif très fréquent : les bâtons rompus[4]. Ici encore, différentes manières de le travailler pour des textures différentes.

Un autre détail de la broderie que nous observons à chaque motif nous permet de relever que le fond de chaque scène qui est séparée sur la pièce par un pilier d'arcade, est traité différemment. De la même manière que les enluminures alternent parfois des fonds colorés de couleurs contrastées le fond brodé de cette pièce historiée change a chaque scène : Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Parure d'aube : scènes de martyres. Angleterre vers 1340-1360

Sur ce fragment, travaillé en partie en appliqué et en rond de bosse, le fond est travaillé de sorte à créer un léger relief. Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Fragment d'orfrois : Anges, Pays germaniques (?) Flandre (?) fin XVe siècle.

Autres textures

Les motifs et textures créés par les points de couchures sont très vastes. Les exemples précédents sont ceux que l'on retrouve le plus fréquemment à cette période. Notons par exemple le travail sur l'auréole qui en souligne la forme et l'écartement des points qui crée un dégradé : Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Chasuble : Crucifixion. Cologne 2ème moitié du XVe siècle.

Couchures sur cordonnet

Afin de donner encore plus de relief aux broderie, il est possible d'appliquer un cordonnet sur le tissu avant de broder au point de couchure. Ces techniques se sont particulièrement développées à la fin du moyen-âge. Voici quelques exemples :

Ici, le cordonnet est disposé perpendiculairement à la couchure et en alternant la disposition des points de couchure, on obtient un motif de brique très accentué. Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Médaillon, détail. Cycle brodé de la légende de saint Martin, cours de René d'Anjou, vers 1430.

Le quadrilobe entourant les personnages, ainsi que quelques éléments du décors sont travaillés en relief sur cordonnet. Cette disposition rappelle l'orfèvrerie et l'émail[5] : Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Fragment d'orfroi : évêque. Florence fin XIVe - début XVe siècle.

Sur cette mitre, la couchure d'or, pour les éléments architecturaux comme les piliers, est réalisée perpendiculairement au cordonnet de sorte à former la colonne en relief. Il ne s'agit pas uniquement d'une texture décorative mais bien d'un élément du décors qui est travaillé de manière plus réaliste : Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Mitre brodée de la Sainte-Chapelle, Paris, vers 1375-1390.

Sur ce devant d'autel brodé sur le thème de la Passion, le fond des scènes, brodé d'or est décoré de motifs floraux (motif de vigne) réalisés au cordonnet qui donne son relief à la couchure. Il semble que ce type de décors soit une des caractéristique de l’œuvre florentine de cette période (Opus Florentinum). Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Antependium : Cène, christ au Jardin des Oliviers, Baiser de Judas, Portement de Croix, Crucifixion, Résurrection, Descente aux limbes, Noli me tangere, Pèlerins d'Emmaüs, Apôtres. Florence, XIVe siècle.

Sur cet autre détail de la même pièce, l'or a disparu dans de large zones laissant entrevoir le cordonnet qui est cousu en dessous : Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Antependium, Florence, XIVe siècle.

Or nué

L'or nué est une technique de couchure de fils d'or particulièrement impressionnante qui apparaît vers le milieu du XVe siècle. Dans cette technique, le fil d'or est couché horizontalement de sorte à recouvrir entièrement la surface et des fils de soie colorés sont utilisés pour la couchure. Ces fils de soie, brodés de manière plus ou moins rapprochée vont créer des dégradés et des nuances d'une grande subtilité, permettant ainsi de donner tout le relief et le modelé au dessin brodé. Ceci est particulièrement visible sur les manches du détail de cette croix de chasuble : Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Croix de chasuble : adoration des Mages, Circoncision, Présentation au temple. Amsterdam, avant 1490.

Couchure retirée

La couchure retirée est typique des premiers temps de l'opus anglicanum[6]. On retrouve ce point dans de nombreux ouvrages de broderie d'or des XIIe et XIIIe siècles.

La spécificité de la couchure retirée c'est que le fil de couchure n'y est pas visible. Ce point donne l'impression que le fil d'or est passé à travers le tissu, comme s'il était brodé normalement, alors qu'il s'agit bien d'un point de couchure : Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Orfrois de chasuble. France ou Angleterre, seconde moitié du XIIIe siècle.

Sur cette broderie réalisée au point de couchure retirée, les animaux sont brodés avec une couchure horizontale. En revanche les entrelacs et floraisons dans le décors suivent la courbe du motif : Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Paire de sandale liturgique. Angleterre ou France, XIIe siècle.

Couchure burden

La couchure burden diffère des autres couchure en ceci que les fils couchés ne recouvrent pas entièrement le tissu de fond. Ils sont disposés en rangs écartés et ne vont apparaître que par endroit sous les points de couchure. De fait, ce point se prête particulièrement bien à l'usage du fil d'or qui va créer un reflet brillant perceptible sous les fils de soie colorés. Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Panneau rectangulaire et cintré. Cycle brodé de la légende de saint Martin, cours de René d'Anjou, vers 1430.

En ça, on peut rapprocher la couchure burden de l'or nué mais dans le cas de l'or nué, le fil d'or recouvre bien entièrement le fond.

Point de couvent

Le point de couvent a ceci de particulier parmi les points de couchure qu'il se travaille avec une seule aiguillée : le fil couché et le fil de couchure sont identique. Il permet de couvrir de grande surfaces avec une texture qui imite beaucoup la tapisserie. Les exemples de point de couvent connus pour cette période sont réalisés en fil de laine.

C'est le cas du tapis de la création Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Tapis de la création. Gérone, XIIe siècle.[7]

On retrouve également ce point utilisé dans certaines broderies des couvents en Allemagne parfois au côtés d'ouvrage de l'opus teutonicum. C'est le cas par exemple de la tapisserie de l'Abbaye de Lüne.

Point de Bayeux

J'ai déjà réalisé un article détaillé sur ce point. Si le point de Bayeux, ou point d'Orient est très connu pour être le point principal de la broderie de Bayeux, il a été utilisé encore, souvent par petites touches dans les orfrois de la fin du moyen-âge.

Soit parfois par petites touches de soies colorées comme ce détail de 4cm environ sur une broderie mesurant 75cm de haut par 175 : de long : Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Parement d'autel. France, vers 1320-1330.

Mais la couchure d'orient a également été utilisée avec le fil d'or. Dans ce cas, le fond est brodé en soie colorée tandis que les longs points lancés sont réalisés au fil d'or puis fixés au fil de soie. Photographie : Bénédicte Meffre - Hémiole.
Fragment d'orfrois : Anges, Pays germaniques (?) Flandre (?) fin XVe siècle.

Conclusion

A travers ces exemples, j'ai essayé de vous montrer la diversité des points de couchure et de leurs usages tout au long du moyen-âge. Ces points ont été utilisés dans des contextes et des styles de broderies très différents. a travers toute l'Europe et pendant toute cette période, on utilise abondamment les fils de couchure dans toutes leurs variations. De la couture décorative, aux plus riches broderies d'or, les points de couchure trouvent toujours une nouvelle facette à faire découvrir.

Si vous souhaitez mettre en pratique les points que je viens de vous décrire vous pouvez vous procurer un de mes kits de broderie. L'un d'entre eux : le dragon sur la colline a été spécialement conçu pour vous permettre d'aborder plusieurs de ces techniques. Je présente également les points abordés dans ce kit dans une série de vidéos sur ma chaîne YouTube.

Si vous souhaitez en apprendre plus sur la broderie au moyen-âge, vous pouvez consulter la page sur l'atelier de brodeurs où je recense tous mes articles sur le sujet.

Bien entendu la fin du moyen-âge ne signe pas la fin de l'usage des points de couchure. Utilisés encore tout au long de l'histoire, selon les modes et les styles de broderie en vogue, aujourd'hui encore, des artistes de la broderie ré-inventent les points de couchure.

Les exemples que je vous ai présentés, proviennent en grande partie des pièces exposées au musée de Cluny lors de l'exposition : l'art en broderie au moyen-âge.

Notes

[1] Charles-Germain de Saint-Aubin, L'art du brodeur. 1770.

[2] voir Else Ostergard, woven into the earth, Textiles from norse Greenland, Aarhusuniversity press 2004. J'ai déjà proposé des reconstitutions utilisant cette technique, comme par exemple pour mon costume d'artisan fin XIIe siècle.

[3] On est donc très loin de ce qui est enseigné aujourd'hui, même si les techniques varient entre différentes écoles, les 2 fils couchés restent toujours bien parallèles sans se croiser ni se superposer.

[4] Jessica Grimm me fait remarquer en commentaire que le bâton rompu est même le motif le plus utilisé, d'après un comptage sur un corpus de plus de 300 pièces.

[5] L'art en broderie au moyen-âge, autour des collections de Cluny ; sous la direction de Christine Descatoire ; Éditions de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais, 2019.

[6] Browne C., Davies G., Michael M. A. ; English Medieval Embroidery: Opus Anglicanum ; Victoria & Albert Museum ; Yale University Press ; 2016.

[7] Castiñeras M. ; Le tapis de la création ; Catedral de Girona ; 2011.

Broderies à point comptés : l'Opus Teutonicum

vue-d-ensemble.png, fév. 2020

Les broderies médiévales à points comptés de l'aire germanique constituent un ensemble de broderies très variées. Du 12e au 15e siècle, ces broderies ont en commun l'utilisation de points comptés, c'est à dire que chaque point est réalisé de manière précise en comptant les fils du support de la broderie (tissu).

En dehors de cette caractéristique technique, le corpus est fort hétérogène. Pourtant bien souvent, les ouvrages relevant de cette période et de cette zone géographique sont désignés par une appellation générique, comme « german brick stitch » (point de brique allemand) ou « opus teutonicum ». Ces deux appellations posent problème. En effet, l'appellation point de brique ne reflète pas la diversité technique. Quant à l'opus teutonicum , il a une définition historique bien précise qui s’accommode assez mal de cette généralisation.

Je vous propose un petit tour d'horizon de ces différentes broderies pour décrire leurs caractéristiques techniques et graphiques et tenter de les désigner de manière satisfaisante.

  • Est-ce que ce corpus peut être considéré comme un grand ensemble cohérent ?
  • Est-ce que les différences techniques et graphiques nous permettent de discriminer des sous ensembles stylistiques et de les relier aux définitions existantes ?

Ce travail va également me permettre d'introduire la notion de style de broderie.

En effet, dans le cadre de la reconstitution de broderie médiévale, il est important de comprendre ces notions de style de broderie afin d'obtenir un résultat le plus crédible possible qui respecte à la fois les contraintes techniques et graphiques. Grâce à une meilleure description et des définitions claires, j'espère permettre à chacun de mieux comprendre les ouvrages de ce type, de les relier entre eux et de faire des choix éclairés en terme de reconstitution.

vue-d-ensemble.png, fév. 2020 Vue d'ensemble des broderies germaniques à points comptés sélectionnées sur mon tableau pinterest.

Étant donné l'ampleur du sujet, je vous propose de découvrir ces pièces en plusieurs articles afin d'éviter un article trop long :

  • L'opus teutonicum : exemples et définition.
  • Les broderies polychromes : corpus homogène ?
  • Techniques utilisées

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Jour de la quenouille

Aujourd'hui, 7 janvier, c'est le jour de la quenouille.

Gros plan sur ma quenouille pendant que je file au château du Turenne (Corrèze) avec l'association Historia Aquitanorum.

Traditionnellement, c'est le jour où les travaux domestiques reprennent, 12 jours après noël.

L'occasion de se pencher sur cet outil simple mais hautement symbolique.

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Le filage des femmes au moyen-âge

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Depuis quelques jours, est partagé sur les réseaux sociaux, un article (daté de l'an dernier) de France Culture visant à déboulonner quelques clichés sur le moyen-âge. Combattre les idées reçues, encore nombreuses, sur cette période, c'est bien. Le faire sans perpétuer d'autres clichés, c'est encore mieux.

Et là, une petite phrase m'a interpelée. Au détour du paragraphe consacré à la condition féminine , voici ce que je lis :

On est encore loin d'une égalité de droits pour l'homme et la femme, mais on aurait tort d'imaginer les femmes en train de filer la laine en attendant que leur époux revienne de sa journée de travail.

Des femmes, désœuvrées, qui filent pour passer le temps, en attendant le retour de leur époux, c'est un cliché. Mais les femmes qui filent la laine à domicile c'est une réalité essentielle de l'époque médiévale.

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Le tambour à broder

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Après les métiers à broder qui semblent être la première forme d'outil pour tendre l'étoffe en broderie, je vous propose de nous intéresser au tambour ou cercle à broder.

Le tambour à broder est un métier circulaire en bois, généralement composé de 2 cercles qui s'emboîtent pour fixer l'étoffe. Le tambour a donc la même fonction que le métier à broder : tendre le tissu. Il diffère par sa forme et la manière dont on va tendre le tissu dessus.

Je vous propose de remonter à son apparition et son usage en occident. Une fois encore, nous utiliserons les ouvrages encyclopédiques mais également les tableaux et pièces d'époque pour cette étude. Enfin nous verrons comment en étudiant les broderies d'époques et l'évolution des styles de broderies, on peut suivre la trace de l'usage du tambour à broder au fil du temps.

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Pelote - surcot espagnol de la fin du XIIIe siècle

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Seconde pièce du costume de noble espagnol de la fin du XIIIe siècle que je vous présente : la pelote ou surcot.

Portée par dessus la tunique, le surcot espagnol a lui aussi une forme très typique. C'est un surcot sans manches dont l'ouverture sur les côtés est très échancrée. Il laisse largement voir la tunique portée en dessous. Cette forme de surcot, longueur mise à part, semble également portée aussi bien par les hommes que par les femmes.

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Point de bayeux

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Le point de Bayeux, ou point d'orient, ou point raché est une couchure dont l'exemple historique le plus célèbre est probablement la tapisserie de Bayeux, datée de la fin du XIe siècle.

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Mais si cet exemple est le plus connu, il a été utilisé pendant longtemps, en particulier pour la broderie de pièces liturgiques. Loin d'avoir été cantonné à la tapisserie au point d'aiguille (c'est à dire à la broderie de laine) il a également été utilisé pour remplir au fil de soie de grandes surfaces. Car c'est là son principal point fort en plus d'être une technique économe en fils. Saint-Aubin le décrit comme un point permettant de réaliser de la peinture à l'aiguille de manière rapide pour les ouvrages destinés à être regardés de loin.

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Métiers à broder

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Les métiers à broder servent à tendre le tissu sur lequel on va appliquer une broderie. Si certains points de broderie peuvent s'effectuer sans tendre l'ouvrage, il en est pour lesquels c'est indispensable. Dans le cadre de broderie historique et de la reconstitution d'un atelier de brodeurs la question du métier s'est posée. Existaient-ils ? Quelle était leur forme ? Comment étaient-ils faits ?

J'ai donc exploré les sources, jusqu'au 18e siècle pour faire un tour d'horizon des types de métiers utilisés selon les périodes. J'ai arrêté mes recherches (même si je note les représentions plus récente pour archive) au 18e siècle car il semble correspondre à l'arrivée du tambour à broder rond. Je me suis contentée de dater son apparition et non d'étudier son évolution au cours du temps. Je consacrerai un article séparé sur l'apparition du tambour rond.

Les différentes sources que j'ai utilisées sont les représentations, bien sûr. Elles nous permettent d'attester de l'existence de l'outil à une date donnée. Mais celles-ci ne sont pas toujours suffisantes. Parce qu'on ne retrouve pas de représentation exhaustive de tous les outils ayant été utilisés pour les périodes anciennes mais également parce que le détail ne nous permet pas toujours d'identifier avec certitude la représentation, ni même les caractéristiques techniques de l'objet.

Nous étudierons également certains traités qui nous permettent d'avoir des précisions sur les us et coutumes de l'époque. Que se soit un traité de broderie ou un traité de peinture, ils vont venir en complément nous donner des informations supplémentaires.

Enfin, pour les périodes où l'on a aucune représentation ni texte évoquant les conditions matérielles, l'étude des broderies en elle-mêmes nous offre également quelques indices précieux sur leurs conditions de réalisation.

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Une tenue de femme noble 1630

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Ce costume est une proposition de reconstitution d'une tenue de femme noble dans les années 1630. Cette tenue est inspirée dans sa forme et sa construction par le corsage 1630 conservé au V&A et plusieurs tableaux et gravures d'époque pour l'ensemble.

Ce costume est composé d'une chemise en lin blanc, d'un cul, d'une jupe de dessous en lin doublée de lin, d'un corsage en soie fortement baleiné, d'une jupe assortie en soie doublée de soie, d'un col en lin orné de dentelle.

Des éléments de décoration en soie, dentelle et perles rehaussent cette tenue.

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Le point de croix natté

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Dans les points utilisés au Moyen-âge, si les couchures sont peut être les points les moins connus aujourd'hui, un point qui est peu connu voire mal interprété est le point de croix natté (ou long-arm cross stitch en anglais). Parfois confondu avec un point de chausson ou un point de croix serré.

Broderie à points comptés, le point de croix natté est un point de croix asymétrique. Il a été utilisé au moins dès le XIIIe siècle pour réaliser des bordures ou des frises géométriques ou bien seul pour son aspect décoratif, donnant un résultat à mi-chemin entre la tapisserie et le tricot.

Cette bourse à relique datée du XIVe siècle est également brodée au point de croix natté, le résultat en côtes parallèles fait penser à du tricot. b223582.jpg
Bourse à relique XIVe siècle, Musée d'art religieux et d'art Mosan.

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Nouvelle catégorie

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Un court message pour dire que j'ai ré-agencé les catégories du blog, pour en ajouter une spécifiquement dédiée à la broderie. Les tutoriels et explications sur des techniques historiques autre que la broderie resteront dans la catégorie techniques. Et la catégorie accessoire sera consacrée aux  […]

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Proposition de reconstitution d'un costume d'aviatrice du début du XXe siècle

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Suite et fin de la série d'articles sur le costume de pionnière de l'aviation pour la pour la compagnie Eutrapelia.

Dans les articles précédents nous avons vu les recherches effectuées dans le cadre de cette réalisation, nous allons donc, enfin voir la culotte réalisée pour le spectacle. Pour rappel les articles précédents :

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Tenue d'aviatrice : les nouvaux horizons de la féminité - Partie 3

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Troisième et dernière partie théorique sur les recherches effectuées pour la réalisation d'une tenue d'aviatrice vers 1910 pour la compagnie Eutrapelia. Après avoir étudié ensemble :

Nous allons porter notre attention plus particulièrement sur Harriet Quimby. En effet, lorsque l'on recherche des images de ces pionnières, elle retient rapidement l'attention.

D'abord au regard du nombre de documents, en particulier de photos d'elle, que se soit en civil ou en tenue de pilote.

Mais également, parce que sa médiatisation ainsi que son image révèle une véritable stratégie de gestion de sa célébrité.

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Tenue d'aviatrice : les nouvaux horizons de la féminité - Partie 2

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Après avoir fait un rapide tour d'horizon des tenues féminines liées aux activités physiques et sportives qui ont existé en ce début de XXe siècle, nous allons nous intéresser à l'aviation proprement dite.

L'aviation est une activité qui porte en elle les idées de danger, de vitesse, qui ne sont pas, à l'époque, du tout associé aux activités féminines.

Les principaux problèmes que l'activité pose en terme de tenue sont le froid, le vent, mais aussi la saleté, comme les projection d'huile ou la poussière. Les tenues d'aviations doivent donc à la fois permettre une certaine liberté de mouvements mais aussi avoir de bonnes capacités de protection.

Nous allons brièvement voir comment les hommes ont adapté leur tenue à ces problèmes. Nous détaillerons ensuite les tenues des aviatrices d'après leurs photographies.

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Tenue d'aviatrice : les nouvaux horizons de la féminité - Partie 1

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Proposition de reconstitution d'une tenue d'aviatrice vers 1910.

Une nouvelle fois, la compagnie Eutrapelia m'a fait l'honneur de me confier la réalisation de certaines pièces de costume pour leur nouveau spectacle : Antoinette.

La pièce de cet ensemble qui a demandé le plus de recherches a été la culotte d'aviatrice. Je vous propose de détailler ici ces recherches.

La tenue d'une pionnière de l'aviation est particulière dans le sens où, par définition, elle s'inscrit dans un contexte où rien n'est encore standardisé ni uniformisé. Et c'est précisément là que résident à la fois la difficulté et l'intérêt de ce type de recherche.

Pour réaliser ce costume, nous nous sommes basées sur les photographies des tenues des premières aviatrices jusqu'au début de la première guerre mondiale. Cette dernière représentant potentiellement une fracture dans la mode et les mentalités. Les textes et coupures de journaux nous ont également fourni des indications précieuses pour compléter notre approche.

J'ai également été amenée à élargir les recherches sur d'autres types de vêtements féminins liés à des activités marginales (sport, travail), dans le but d'étudier les aménagements spécifiques qui ont souvent été créés et inventés par les femmes elles-mêmes.

J'ai scindé ces recherches en plusieurs parties :

Nous nous intéresserons en premier lieu à ces vêtements spécifiques ou marginaux de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. Nous verrons comment les femmes ont adapté leurs tenues pour les nouvelles activités qui se développaient et comment elles ont composé avec une société peu ouverte à ces évolutions.

Nous étudierons ensuite les tenues spécifiques à l'aviation. En évoquant brièvement la manière dont les aviateurs se sont adapté aux contraintes que l'activité imposait et ensuite en étudiant le corpus de photographies d'aviatrices en tenue.

Nous insisterons dans un article sur l'impact et la place des pionnières de l'aviation dans les mouvement de libération du corps des femmes, en étudiant le cas d'Harriet Quimby.

Enfin, un dernier article sera consacré à la réalisation elle-même et aux choix que nous avons été amenées à faire.

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Les troubadours - Michel Zink

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Les troubadours, une histoire poétique, Michel Zink, 2013, collection « Pour l’histoire » aux éditions Perrin. Ce livre se veut une histoire poétique des troubadours. Il tente de rendre à leur poésie sa fraîcheur en la suivant dans ses méandres, en disant au fil des chansons et à propos de chacune  […]

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L'usage de décors brodés dans l'habillement - introduction.

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Nous avons vu quelques points de broderie de l'époque, des techniques appliquées à la broderie, les costumes des artisans et les outils.

La question de l'existence de la broderie n'est évidemment pas sujette à caution, il faut néanmoins s'intéresser aux usages de ces broderies : Par qui ? Pour quoi ? sont-elles utilisées. Est-ce que tous les décors brodés sont utilisés de la même manière ?

Ce premier article est une introduction aux différents usages des décors brodés au Moyen-âge dans l'habillement. J'ai écarté le mobilier (civil et liturgique) car la longueur de l'article me semblait déjà suffisante. En outre, je m'accorderai ainsi une pause pour me permettre de traiter ces usages de manière plus approfondie plus tard. Cet article était déjà en préparation depuis plusieurs années, le couper me permet d'enfin le publier sans pour autant en bâcler tout un pan.

Dans les articles à venir également, je vous présenterai quelques exemples de broderies (parfois terminées, parfois en cours) que nous réalisons dans le cadre de l'atelier de brodeurs. Nous évoquerons alors plus en détail les sources, les techniques et les matériaux.

Si l'atelier de brodeurs et les brodeurs eux-mêmes sont fixés dans une aire spatio-temporelle, les ouvrages proposés sont d'origine plus étendue. En effet, la variété des styles de broderies, des écoles, nous semblait aussi primordiale à évoquer pour illustrer la richesse de l'art de la broderie au Moyen-age et, à titre personnel, passionnant à découvrir et approfondir. Nous nous intéresserons donc aux broderies occidentales du XIIe au XIVe siècles !

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Ça a un goût d'aligot

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Voici deux plats simples : un hachis d'herbes fraîches et une purée de lentilles. Ces plats sont adaptables et déclinables à l'envie en fonction des ingrédients disponibles. Tous les deux sont issus du traité italien du XIVe siècle : Il libro della cucina del secolo XIV, dont j'ai utilisé la version  […]

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Broderies médiévales : points utilisés

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Les points de broderies utilisés au milieu du moyen-âge sont assez simples et pour la plupart encore largement utilisés aujourd'hui. Si utiliser un point attesté à une période donnée n'est pas suffisant pour faire de la broderie historique (nous verrons ce point dans la conclusion), c'est un prérequis nécessaire.

Cet article a pour but de recenser les points les plus fréquemment utilisés d'après les artefacts qui nous sont parvenus. Pour une explication complète et technique sur les points de broderie en eux même, de nombreux ouvrages et sites internet proposent des explications claires et détaillées (Le site de Mary Corbet par exemple ou L'Encyclopédie de la broderie : Plus de quatre cents points de Mary Thomas et Jan Eaton, Ed. Fleurus).

Un grand merci à Laetitia Martini de l’association Fief et Chevalerie pour m'avoir permis d'utiliser certaines de ses photographies prises au musée de Sens.

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Saya encordada - tunique espagnole XIIIe siècle

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saya-03.JPGDans le cadre d'une proposition de reconstitution d'un costume noble espagnol de la seconde moitié du XIIIe siècle, je vais vous présenter d'abord quelques pièces individuellement. Je réaliserai un article global sur l'ensemble du costume et des choix qui ont été faits ensuite.

La première pièce, très typique et spécifique à l'Espagne de cette période est la saya encordada ou tunique lacée. La saya est un vêtement intermédiaire (cotte, portée sur la chemise et sous le surcot ou le manteau) porté aussi bien par les hommes que par les femmes durant le XIIIe siècle.

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